Histoire
La Nakba vue par les “nouveaux historiens” israéliens
L’exode palestinien de 1948, connu en arabe sous le nom de “Nakba” (“Catastrophe”). Les Palestiniens sont chassés de leurs maisons par les forces israéliennes et fuient par la mer à Acre. © Pictures From History/akg-images
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Le 15 mai dernier marquait les 76 ans de la Nakba, l’exil forcé des Palestiniens à la suite de la création de l’État d’Israël en 1948. Redevenu objet de polémiques depuis la guerre à Gaza, cet événement a pourtant fait l’objet d’une lecture critique par des historiens israéliens dans les années 1980-90. Voici leurs thèses.
Débutée officiellement le 15 mai 1948, la Nakba (نكبة, « catastrophe » en arabe) désigne l’expulsion massive et contrainte des Palestiniens. Bien que son histoire reste plutôt méconnue, ses effets se font encore ressentir, au premier chef pour près de cinq millions de réfugiés palestiniens toujours dispersés dans le monde.
Entre 700 000 et 750 000 Palestiniens contraints à l’exil en 1948
Petit rappel des faits. Le 29 novembre 1947, l’ONU adopte la résolution 181 qui planifie le partage de la Palestine, alors sous mandat britannique, entre un « État juif » (56% du territoire) et un « État arabe » (42% ; les 2% restants étant alloués à Jérusalem, sous contrôle international). Les colons britanniques se retirent cinq mois plus tard, le 15 mai 1948, et l’État d’Israël est proclamé. Les armées arabes – dont l’Égypte, la Jordanie ou encore l’Irak – lancent alors une attaque sur l’État israélien pour reprendre la Palestine.
C’est dans ce contexte que la Nakba débute. Environ 750 000 Palestiniens sont forcés de quitter leurs terres et 14 800 d’entre eux sont tués ou meurent du fait de ces expulsions. En moins de six mois, la moitié de la population palestinienne vivant sur les terres attribuées à Israël est contrainte à l’exil. En 1950, il ne reste plus que 9% de Palestiniens sur les nouveaux territoires israéliens. Les 91% restants ont quant à eux été expulsés vers des camps dans des pays limitrophes.
Les historiens israéliens reprennent la recherche de Walid Khalidi faisant office de référence (All That Remains, 1992) qui recense 774 villages conquis par les forces Israéliennes. Parmi eux, 531 sont totalement rasés et au moins 24 massacres ont eu lieu dans ces localités, selon leurs travaux qui se fondent sur des fouilles d’archives. Des viols commis par des soldats israéliens sont également commis. Selon Benny Morris, ces crimes suivaient toujours le même schéma : une ou deux filles étaient violées par plusieurs soldats pour être ensuite assassinées. Des recherches plus récentes de Morris indiquent aussi l’utilisation d’armes biologiques pendant la Nakba, notamment l’opération « Jette ton pain » qui consistait à empoisonner les puits des villages palestiniens pour provoquer des épidémies chez les populations.