Entretien exclusif

Avi Loeb : “Si nous apprenions que nous ne sommes pas l’espèce la plus intelligente du coin, cela transformerait notre vision de l’existence”

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Avi Loeb : “Si nous apprenions que nous ne sommes pas l’espèce la plus intelligente du coin, cela transformerait notre vision de l’existence”

Avi Loeb. © ufospain

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Avi Loeb est un physicien américano-israélien, spécialiste d’astronomie et professeur à Harvard. Il occupe au sein de la communauté scientifique une position très originale puisqu’il est le premier – et presque le seul – à avoir vu en ‘Oumuamua (un étrange objet stellaire à l’allure d’un caillou, détecté en 2017) une sonde extraterrestre. Nous nous sommes entretenus avec lui pour comprendre son point de vue, la place que celui-ci occupe dans le débat scientifique ainsi que la réticence des chercheurs à envisager une vie intelligente ailleurs que sur Terre.

 

Si la vie extraterrestre est envisageable, comment expliquer que le sujet soit si sensible ?

Avi Loeb : Aujourd’hui, la culture académique est organisée autour de l’importance de maintenir une bonne réputation, afin de pouvoir prétendre aux récompenses, aux honneurs et à la reconnaissance sociale. Ce qui implique de ne pas trop s’engager personnellement et de prendre le moins de risque possible – travailler sur une prédiction qui s’avèrerait fausse pourrait salir la réputation d’un chercheur. Pourtant, faire des prédictions réfutables, c’est la base de la physique. En pratique, Einstein a fait trois erreurs dans la dernière décennie de sa carrière : il a affirmé que les trous noirs n’existaient pas, pas plus que les ondes gravitationnelles et que la mécanique quantique n’avait pas d’« action bizarre à distance ». Toutes ces affirmations ont été contredites par des expériences ultérieures. C’est donc une part essentielle de la recherche que de faire des erreurs et de se tromper. Et le plus souvent, notre imagination n’est pas à la hauteur de celle de la nature. C’est ce qui s’est passé avec la mécanique quantique, par exemple : c’était si différent que ça a sorti les gens de leur zone de confort. La meilleure approche de la méthode scientifique est celle de l’enfant : un enfant n’a aucun préjugé, il essaie juste d’explorer le monde.

“Les scientifiques préfèrent se maintenir dans leur zone de confort”
Avi Loeb

 

Mais les critiques reprochent justement à la vie extraterrestre de ne pas vraiment être réfutable…

Les philosophes peuvent débattre éternellement de savoir si Karl Popper [qui a posé le principe de réfutabilité comme condition du caractère scientifique d’une proposition] avait raison ou tort… Mais, à partir du moment où l’on a une photo d’un objet comme ‘Oumuamua et qu’il ne ressemble visiblement pas à une simple pierre, toutes ces discussions philosophiques n’ont plus aucune importance... Maintenant, comment pourrais-je apporter une preuve remarquable tant qu’il n’y a aucun financement de la recherche dans cette direction, et si ceux qui en discutent sont immédiatement ridiculisés ? C’est une prophétie autoréalisatrice, comme piétiner de l’herbe et dire : “Regardez, l’herbe ne pousse pas.” Pourquoi les scientifiques ne sont pas réceptifs aux possibilités qu’ouvrent les anomalies d’‘Oumuamua ? À ce sujet, je n’ai pas sorti mes suggestions de nulle part. Sur la base de preuves, cela ne ressemblait ni à une comète, ni à un astéroïde. J’ai donc dit : “S’il ne ressemble à rien de ce qu’on connaît, pourquoi n’aurait-il pas une origine artificielle ?” C’est tout à fait cohérent avec la démarche scientifique : on pose des hypothèses sur la table et on cherche ensuite des preuves. Mais malheureusement, le plus souvent, comme les philosophes de l’époque de Galilée, les gens refusent de regarder dans le télescope. Ils refusent de vérifier et, ce faisant, se maintiennent dans leur zone de confort. 

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