La philo, fille de la démocratie
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Cet article est issu du numéro 10 de Philosophie magazine « 10 - juin 2007 », en kiosque le 31 mai 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Existe-t-il un lien entre l’enseignement de la philosophie et la démocratie ? Historiquement sans aucun doute. On peut discuter de la date de naissance de la philosophie (VIIe et VIe siècles avec Xénophane et Parménide ou Ve et IVe siècles avec Socrate et Platon), mais il faut rappeler avec Pierre Hadot que le terme « philosophie » apparaît au Ve siècle, c’est-à-dire au cœur de la parenthèse enchantée qu’a été la démocratie athénienne. Fille de la démocratie, la philosophie voit son destin mêlé à ce régime politique par la Révolution française qui considère cette discipline comme un moyen privilégié d’émancipation politique. Ainsi, en 1795, le révolutionnaire Joseph Lakanal propose à l’Assemblée la création d’un cours de philosophie pour « terminer la révolution dans la République française et en commencer une dans l’esprit humain ». En 1840, le philosophe Victor Cousin, ministre de l’Instruction publique, réalise ce projet. La France invente le cours de philosophie gratuit et obligatoire, dont les Français eux-mêmes ignorent trop souvent la postérité. En 1995, une étude de l’Unesco menée sous la direction de Roger-Pol Droit dans vingt-six pays révèle que le cours de philosophie se développe dans le monde au rythme de la démocratie. Chaque fois qu’un pays met en place un processus démocratique, il crée un cours de philosophie ou – cas le plus courant – transforme ses leçons de « marxisme » ou de « religion » en cours de philosophie.