Littérature

La poétesse Louise Glück obtient le prix Nobel

Temps de lecture : 3 min

Louise Glück sur une affiche de 1977 (détail).

Louise Glück sur une affiche de 1977 (détail). Domaine public.

Jeudi 8 octobre, le 113e prix Nobel de littérature a été décerné à Louise Glück. Si l’Académie suédoise a choisi de récompenser la poétesse américaine, c’est « pour sa voix poétique caractéristique, qui avec sa beauté austère rend l’existence individuelle universelle. » Née en 1943 à New York, Glück est l’auteur de quatorze recueils de poèmes – pour l’essentiels non traduits en français – mais aussi de plusieurs essais consacrés à la poésie, dont notamment Proofs and Theories: Essays on Poetry (Ecco Press, 1994). Son oeuvre, qui aborde de manière récurrente la perte, le deuil la solitude et le traumatisme, témoigne, selon le spécialiste de la littérature Daniel Morris, d’une « conscience de la mortalité et de la perte de l’innocence. » Cependant, l’épreuve du traumatisme est aussi, dans ses écrits, la clef d’une régénération, d’une appréciation plus aigüe de la vie, et d’une acceptation de notre propre finitude…

 

Louise Glück explore notamment cette thématique de la résilience dans The Triumph of Achilles (Ecco Press, 1985). Glück y assiste à la fuite du temps avec un mélange de tristesse et d’enthousiasme : « Le changement est ce à quoi elle aspire le plus, mais c’est aussi chez elle ce qui suscite le plus de résistance », résume le critique Alan Williamson. Attentive à la fragilité des choses, deux de ses recueils majeurs, Ararat (1990) et The Wild Iris (1992), expriment, à travers la figure végétale, une forme de spiritualité immanente. La nature est pour la poétesse un « système signifiant de symbolismes », selon le mot de Morris, lequel, si on prend la peine de l’écouter, laisse entendre la « Musique céleste ».

 

L’oeuvre de Glück « soulève ainsi des questions philosophiques importantes », note la poétesse Grace Cavalieri dans un entretien avec l’écrivaine. Et d’ajouter, à son adresse : « Je pourrais faire un cours en utilisant vos ouvrages. » Au fil de cette discussion, la théoricienne du « courage de l’écriture » souligne le rapport ambigu qu’elle entretient avec ses textes : « Il y a des poèmes que je n’aime plus. […] Je regarde ces poèmes, je les lis, et me demande : “comme c’est bizarre que je les aie écrits.” Je n’ai pas l’impression de les avoir créés. » Comme le monde emporté dans sa course, l’auteur est embarqué dans le changement. Ne pas résister, ne pas s’accrocher au passé, est d’ailleurs tout le problème pour l’écrivaine : « Vous ne voulez pas faire quelque chose que vous avez déjà fait. Vous n’êtes d’ailleurs plus la personne qui écrivait ces livres. » Tout finit par passer. Les identités se disloquent. À commencer par celle des poèmes eux-mêmes, transformés et réinterprétés au gré des lectures : « Mon pouvoir prend fin lorsque je couche le poème sur le papier. Après cela, il ne m’appartient plus, il appartient à quelqu'un d'autre, et je ne peux pas contrôler ce qui en est fait. »

Louise Glück en cinq citations

« Pourquoi aimer ce que vous perdrez ? Il n’y a rien d’autre à aimer. »

  • The Triumph of Achilles (1985)

 

« Lorsque vous aimez le monde, vous entendez la musique céleste. »

  • Celestial Music, in : Ararat (1990)

 

« Nous voyons le monde une unique fois, dans l’enfance. Tout le reste n’est que souvenirs. »

  • Nostos, in : Meadowlands (1996)

 

« Il y a une brèche dans l'âme humaine, laquelle n’a pas été construite pour appartenir entièrement à la vie. » 

  • Averno (2006)

 

« Les choses qui ne peuvent se mouvoir nous apprennent à voir. »

  • The Wild Iris (1992)