Sciences
Le prix Nobel récompense la découverte d'une nouvelle particule élémentaire
L’Académie suédoise a récompensé par le prix Nobel de physique, mardi 8 octobre 2013, la découverte d’une particule élémentaire, clé de voûte de la compréhension scientifique de l’univers : le boson de Higgs.
Le prix Nobel de physique récompense François Englert (81 ans) et le britannique Peter Higgs (84 ans), qui ont postulé l'existence du boson du même nom. Repéré lors d’une expérience le 4 juillet 2012 au Cern, le Centre européen de physique des particules, l’existence du boson de Higgs avait été supputée en 1964 par trois théoriciens: Robert Brout (décédé), François Englert et Peter Higgs.
Son existence avérée confirme une révolution non seulement physique mais aussi philosophique : elle confirme que la masse n'est pas une propriété intrinsèque mais une propriété secondaire des particules venant de l’interactions des particules dans le vide, qui n'est pas réellement « vide ». Selon Étienne Klein, qui a assisté à cette découverte « très émouvante », le boson de Higgs n’est rien moins qu’une « nouvelle sorte d’objet physique ». Il défait une association bien ancrée dans les esprits, héritée de Newton, en brisant le continuum ontologique entre substance, matière et masse. En supposant l'existence du boson de Higgs, les physiciens Robert Brout, François Englert et Peter Higgs ont mis leur pas dans ceux de Galilée, se souvenant que ce dernier a démontré par ses résultats sur la chute des corps, que « les lois physiques disent le contraire de ce qu'on observe », obligeant à une réinterprétation des faits.
En plus d’être une expérience physique et philosophique, l’identification du boson de Higgs est une expérience existentielle pour les lauréats du prix Nobel. Les deux nonagénaires, présents au Cern lors de l’apparition de la particule sur les courbes expérimentales, ont eu la confirmation que cette particule élémentaire dont ils avaient prédit, par une expérience de pensée, l’existence près d’un demi siècle auparavant, existe bel et bien dans l’univers.
Le boson de Higgs a été repéré grâce au grand collisionneur de particules (le LHC pour Large Hadron Collider), le plus grand équipement scientifique jamais construit, enfoui à une centaine de mètres sous la frontière franco-suisse, dans un tunnel de 27 kilomètres de circonférence, après un lot de « vérification fiévreuses » et, selon la formule de l'historienne des sciences Isabelle Stengers décrivant un dispositif expérimental viable, « la mobilisation de toutes les objections imaginables avant qu’on puisse déclarer : il existe. »
Imaginé en 1964, le boson de Higgs était une pièce manquante et cruciale du puzzle que représente le modèle utilisé par les physiciens pour décrire les particules élémentaires et leurs interactions : le « modèle standard », rendant compte de la structure ultime de la matière.