Svetlana Alexievitch, lauréate 2015 du Prix Nobel de littérature
L’écrivaine biélorusse Svetlana Alexievitch a reçu le prix Nobel 2015 de littérature. Nous étions allés l'interviewer chez elle, à Minsk, en Biélorussie, l'an passé.
Lauréate du prix Nobel de littérature en 2015, distinguée pour son « œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque », selon le jury, elle est l’auteure d’enquêtes tissant le reportage et le récit, dans de stupéfiants « romans de voix ».
Née en 1948 d’un père directeur d’école et d’une mère institutrice et bibliothécaire, Svetlana Alexievitch, qui habite à Minsk (capitale de la Biélorussie) depuis des décennies, orchestre des « symphonies qui mêlent les témoignages les plus terribles et les plus intimes sur les tragédies du siècle soviétique ».
Scandale
D’un essai paru en 1983 dans la revue Octobre, intitulé La guerre n’a pas un visage de femme, qui connaît un immense retentissement dans toute l’URSS, elle tire son premier ouvrage, paru deux ans plus tard, suscitant un scandale avant de devenir un best-seller. Paraîssent ensuite en 1990 les Cercueils de zinc – les récits de la guerre perdue d’Afghanistan et de la trahison de toute une génération, qui lui valent un procès –, puis Ensorcelés par la mort – témoignages de ces anonymes désespérés par la chute du mythe soviétique – et La Supplication. Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse – vision hallucinée d’une catastrophe incompréhensible.
Svetlana Alexievitch reconnaissait dans un entretien qu’elle nous accordait en 2014 n’être « pas née dissidente ». Ses ouvrages et ses prises de positions l’obligent cependant à quitter la Biélorussie en 2000, sous pression du pouvoir. Elle gagne alors l’exil dans plusieurs pays européens. Elle obtient en France le prix Médicis-Essai en 2013 pour La Fin de l’homme rouge en continuant de nourrir ses critiques à l’égard de la politique de Poutine et plus généralement l’hystérie nationaliste qui règne en Russie.
Comprendre la vie
« Mon principe est de chercher à comprendre la vie humaine, précise-t-elle cependant. Dénoncer le mensonge du système soviétique ou du poutinisme demeure secondaire. Les choses ne m’intéressent pas lorsqu’elles se situent sur le plan idéologique, qui reste pour moi superficiel. Mais le résultat est que ces livres détruisent tout de même les mythes, soviétiques ou postsoviétiques. »
Ce goût de la complexité habité par des questions universelles sondant les tréfonds de l’homme à la manière d’un Dostoïevski, s’inquiétant de l’origine du mal et de notre rapport ambivalent à la liberté, lui valent aujourd’hui la reconnaissance internationale et les lauriers du Nobel. Elle succède ainsi à Patrick Modiano, récompensé l’an passé, et s’ajoute aux écrivains de langue russe primés par le Nobel, parmi lesquels Alexandre Soljenitsyne en 1970.