Le petit essai

La puissance de l’élégance

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La puissance de l’élégance

Léonard de Vinci (1452-1519), “L’Homme de Vitruve”. L’architecte et ingénieur Vitruve (v.80 av. J.-C.-15 ap. J.-C.) vantait la triade indispensable à toute édification : “firmitas, utilitas, venustas” (solidité, utilité, agrément). L’agrément – la beauté – désigne ici une élégance, une dimension agréable à l’œil. © Domaine public

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Qu’elle désigne un bâtiment, une tenue vestimentaire ou une attitude morale, l’élégance apparaît dans le monde actuel comme une valeur surannée. Et pourtant, nous dit la philosophe Audrey Jougla, pour surmonter la cacophonie ambiante, elle est cette distinction qui permet de maintenir les exigences de la beauté, de la nuance et de la distance.


 

Tout commence par une observation du paysage urbain. Les écoles primaires, les palais de justice, les bureaux de poste, les places ou même les bancs publics, construits récemment, ont indéniablement perdu en élégance : une rapide comparaison avec leurs prédécesseurs du début du XXe siècle suffit en général à s’en rendre compte.

“L’élégance est bien plus que la simple apparence et la fonction sociale : c’est une technique de soi”

 

Qu’il s’agisse d’architecture ou de mobilier urbain, ce que l’on érige aujourd’hui répond à un cahier des charges dont l’élégance ne semble résolument plus faire partie. C’est un peu comme si l’on avait dû choisir entre le fonctionnel et le beau, entre la praticité et le style, risquant peu à peu de transformer nos paysages construits (que ce soit l’urbanisme, les habitations, ou les bureaux) en modules, optimisant l’espace, les coûts et les matériaux, dès lors qu’ils ne s’inscrivent pas dans une démarche artistique.

C’est une vision assez manichéenne que celle-ci. Et c’est surtout ignorer le pouvoir de l’élégance sur celui qui la contemple.

“Elle est très distinguée”

L’élégance est une distinction, une délicatesse apportée par de l’aisance, de l’harmonie, de la grâce et un raffinement qui semble naturel, simple, inné : pour les personnes, elle désigne autant une manière de s’exprimer, de se vêtir que de se comporter. 

En architecture, l’élégance d’un bâtiment renvoie autant à cet équilibre harmonieux qu’à cette aspiration à se distinguer de ce qui l’entoure, de l’ensemble. On saisit mieux pourquoi un tribunal, un bâtiment destiné à la banque de France, un opéra ou encore une école supérieure reflétaient au XIXe cette élégance : ces lieux devaient inspirer une déférence particulière, une solennité et une autorité naturelle, au-delà de la fonctionnalité ou de la commodité de leur architecture. 

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