“On change d'ère ?” / Nos grandes questions
“La question de la mort a fait son grand retour en politique” : entretien avec Michaël Fœssel
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Que pensez-vous de l’idée qu’avec le Covid, le réchauffement climatique, les guerres en Ukraine et au Proche-Orient, nous vivons un nouvel âge, « existentiel », de la politique ?
Michaël Fœssel : Après le rêve néolibéral de la globalisation heureuse né au moment de la chute du mur de Berlin, nous vivons en effet une époque de retour au sérieux de la politique sous l’horizon de la mort. Les jeunes générations l’ont compris qui se sentent « embarquées » selon la formule de Pascal : il ne s’agit plus de savoir si on prend la mer, on est déjà sur le bateau et il risque de couler… Rappelons-nous l’expérience du confinement pendant la crise du Covid : l’atteinte aux libertés était justifiée par le risque sanitaire mortel et on nous délivrait quotidiennement le décompte des morts… Depuis la Seconde Guerre mondiale, on n’avait pas vécu une telle intensification de l’existence par le politique en Occident. On avait partiellement oublié que la mort est l’horizon de l’existence et que la politique y joue un rôle. De là à considérer que la politique est l’instance ultime depuis laquelle on peut décider de la vie et de la mort, c’est un pas que je ne franchirai pas.
“Au nom de la survie collective, on est aussi enclin à justifier une politique réactionnaire, autoritaire, voire dictatoriale”