Aujourd’hui
La raison contre la superstition
© Lea Lund pour PM
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Cet article est issu du numéro 1 de Philosophie magazine « 1 - avril/mai 2006 », en kiosque le 30 mars 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Spinoza a construit une pensée de la Raison, luttant contre les croyances qui aliènent. Un combat qui inspirera l’esprit des Lumières. Pour le philosophe Pierre-François Moreau, son œuvre est à revisiter d’urgence face à l’irrationalisme, à l’individualisme et à l’intégrisme qui marquent notre époque.
Pourquoi lire maintenant encore un penseur du XVIIe siècle, empêtré dans des discussions sur la Bible et la philosophie cartésienne, et qui n’a rien à nous dire sur la mondialisation, l’Europe ou les OGM ? Il est normal que les historiens de la philosophie, dont c’est le métier, s’intéressent à lui ; mais pourquoi tant de psychanalystes, de sociologues et d’économistes en font-ils autant ? C’est peut-être que chacun d’entre eux y trouve un regard sur des dimensions de la réalité qui les intéresse et une façon d’aborder les problèmes de notre époque en rupture avec les démarches à la mode. C’est la distance de Spinoza, son éloignement, qui en ferait un bon révélateur de nos préjugés et de nos illusions.
Ce qui frappe aujourd’hui quand on lit les journaux, c’est un déferlement d’irrationalisme – on entend dire que la science est impuissante ou dangereuse, que les Lumières conduisent à Auschwitz. C’est un désarroi devant la montée des intégrismes religieux et les problèmes qu’ils posent aux Etats. C’est un souci paradoxal de l’individu – paradoxal parce que, en même temps, on se plaint de l’individualisme et de ses excès. Sur ces trois problèmes, le spinozisme jette une lumière originale.