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Quatre manières de lire l’“Éthique” de Spinoza

Temps de lecture : 8 min

Montage tête-bêche du portrait du philosophe hollandais Baruch Spinoza (1632-1677), également connu sous les noms de Bento de Espinosa, Benedictus de Spinoza ou Benoît de Spinoza. Peinture anonyme. Collection privée

Montage tête-bêche du portrait du philosophe hollandais Baruch Spinoza (1632-1677), également connu sous les noms de Bento de Espinosa, Benedictus de Spinoza ou Benoît de Spinoza. Peinture anonyme. Collection privée. © Whiteimages/Leemage

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Éthique, ce livre phare de la philosophie, publié après la mort de Baruch Spinoza et interdit quelques mois plus tard, impressionne par son ambition et sa difficulté. Comment, pourtant, entrer dans ce texte fascinant ? Nous vous proposons un guide de lecture, et quatre façons de s’y plonger.

 

L’Éthique de Spinoza est un livre à part dans la philosophie, ne serait-ce que par son aspect formel qui prend modèle sur les Éléments de géométrie d’Euclide. En adoptant un « ordre géométrique », l’Éthique fait le choix audacieux de considérer « les actions des hommes et leurs appétits comme s’il était question de lignes, de surface ou de corps » (IIIe partie, préface, traduction P.-F. Moreau) et donc de démontrer toutes ses propositions à partir de certains axiomes et définitions initiales, à coups de CQFD. Éthique se présente donc comme un système où tout est logiquement établi. Sans introduction, ni prologue, ni avertissement de quelque nature que ce soit qui permettrait d’en savoir plus sur les intentions de Spinoza, l’expérience du contact avec les premières pages peut se révéler si brutale qu’elle a découragé plus d’un lecteur. Cependant, ce livre a été interprété dans des directions si diverses, voire opposées – certains y voyant une apologie de l’athéisme, d’autres un ouvrage presque mystique, d’autres encore un manuel de luttes sociales ou un guide de développement personnel – qu’il serait dommage de s’en remettre aux commentateurs. Voici donc quatre lectures possibles de ce monument.

1re lecture : suivre scrupuleusement l’ordre linéaire

Pour lire l’Éthique, le plus simple consiste en première approche à respecter l’ordre linéaire, c’est-à-dire à suivre l’enchaînement des propositions, les unes après les autres de la première à la dernière, pas à pas. C’est un choix prudent (puisqu’il doit permettre d’éviter de se perdre en route) et logique (dans la mesure où toutes les propositions sont démontrées les unes à partir des autres qui en sont comme la condition, et elles-mêmes à partir des définitions et des axiomes placés en tête de chaque partie). Spinoza écrit d’ailleurs au début de son œuvre que « la connaissance de l’effet dépend de celle de la cause et l’enveloppe » (Ire partie, axiome 4), comme pour indiquer à son lecteur que par exemple, on ne peut rien comprendre du fonctionnement psychologique de l’être humain, tel qu’il est abordé dans la IIIe partie, si l’on n’a pas préalablement compris la place de l’être humain dans le monde et les lois qui régissent celui-ci (Ire et IIe partiez). Il semble donc naturel, important, voire indispensable, de commencer par le livre I avant de prétendre aller plus loin. Faute de quoi on s’expose à commettre les mêmes erreurs que les auteurs que critique Spinoza, et qui ont considéré l’homme « comme un empire dans un empire » (IIIe partie, préface), c’est-à-dire un être coupé du monde, qui obéirait à ses propres lois.

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