Pour ou contre
Passionnés de lecture rapide : peut-on vraiment lire vite et bien ?
© Burcu/Unsplash
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« La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres », se lamente Mallarmé dans son poème Brise marine. Lire l’ensemble des livres en un minimum de temps : est-ce merveilleux ou déprimant, comme le suggère le poète ? La lecture rapide est en tout cas devenue une véritable compétence, couronnée par un championnat national, qui a eu lieu cette année en mai 2022. Mais cette rapidité est-elle vraiment une bonne idée ?
Dans un reportage visionné plus de 2 millions de fois, le journaliste-youtubeur HugoDécrypte s’est immergé dans les coulisses du concours national de lecture rapide. La concentration est palpable. Dans une salle silencieuse, les candidats tournent environ une page par seconde. Ils ont deux heures pour lire… et mémoriser un livre complet. Quel est l’intérêt de cette sévère limite temporelle ? Pourquoi se précipiter ainsi pour lire à toute vitesse ?
L’enjeu annoncé est principalement pédagogique, comme en témoigne l’un des nombreux guides sur le sujet, Lire vite pour mieux apprendre (2005) de Pierre Gévart, par exemple. L’idée selon l’auteur, est bien de « gagner du temps », notamment dans le cadre de la préparation d’un concours. Les adeptes de la discipline y voient aussi une manière d’entraîner son esprit à assimiler des informations rapidement, ce qui aurait un effet bénéfique sur la capacité de mémorisation et sur les résultats scolaires en général.
Un talent caché du cerveau
« Ce n’est pas un don », explique Mohamed Koussa, champion du monde de lecture rapide en 2017. Il existe bien une méthode et chacun peut s’y entraîner. À l’origine de cette prouesse, il y a notamment « la photolecture » qui « permet de scanner très rapidement les pages ». En feuilletant un livre sans le lire ligne-à-ligne, le cerveau serait capable de retenir plus de choses que ce que l’on imagine. Ces informations « scannées » à toute vitesse reviendraient ensuite « sous forme de sensation » ou « d’idées restées dans la tête » lorsque les candidats répondent à un questionnaire sur le livre, poursuit Mohamed Koussa.