Culture
Daumal, poète métaphysique
Membres des Phrères Simplistes, avec René Daumal, Robert Meyrat, Roger Gilbert-Lecomte et Roger Vailland. Vers 1922 à Reims, Collection Mediatheque Elisabeth et Roger Vailland, Bourg en Bresse. ©Marc Garanger / Aurimages /AFP
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Une exposition du Fonds régional d'art contemporain de Champagne-Ardenne rend hommage au poète René Daumal, natif de la région. Mais Daumal n’était pas seulement poète : son œuvre littéraire est sous-tendue de part en part par la lecture de grands philosophes, Hegel et Spinoza en particulier.
« Absurde d’être inclus dans une infime des innombrables bulles – provoquées, évoquées, projetées – un NON se prononce JE et JE regarde:
JE suis la cause de Tout ceci, si je suis NON,
JE suis le connaisseur de Tout ceci, si je suis NON,
JE suis l’amant de Tout ceci, si je suis NON.
Absurde d’être mais de n’être pas NON,
absurde liberté, absurde vérité, absurde amour
l’étant – ne l’étant pas –
je le deviens. »
René Daumal, Le Contre-Ciel (1936)
René Daumal a, tout au long de sa vie, vécu dans les parages de la philosophie. Après un baccalauréat section philosophie (1925), il étudie au lycée Henri-IV auprès d’Alain. Parmi ses condisciples, Simone Weil, qui le surnommera « Re-Né », sans doute en raison de son intérêt naissant pour la pensée indienne. Daumal se dit « ivre de Hegel ». Il passe une licence de philosophie, figure dans l’Anthologie des philosophes contemporains d’Aron et Dandieu (1931), et écrit, pour la Nouvelle Revue française un article sur le « non-dualisme de Spinoza ».
Hegel
Toute la pensée de Daumal est déjà là, par-delà ses inflexions. Elle se résume en quelques mots : « Le point de départ est le nombre deux. » Comme le résume l’essayiste Régis Poulet : « s’emparant des critiques adressés par Guénon à l’Occident, selon qui l’erreur la plus funeste aurait été d’instaurer le règne de la séparation (distinction sujet-objet, matière-esprit, éclatement de la tradition à cause des schismes), René Daumal n’eut de cesse de retrouver l’Un. » Daumal a une première expérience, très concrète, de cet effondrement des oppositions binaires lorsqu’il s’intoxique, à 17 ans, au tétrachlorométhane, un poison contre les coléoptères. Il conservera de cette expérience « déterminante » l’intuition d’une « autre sorte de connaissance ».