La souveraineté du people

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Cet article est issu du numéro 19 de Philosophie magazine « 19 - mai 2008 », en kiosque le 24 avril 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’escapade amoureuse de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni en Égypte était publique, leur mariage – événement officiel –, privé. Les blogs, la télé-réalité, les paparazzi et les indiscrétions des stars accélèrent ce brouillage des repères… À tel point qu’il faut repenser le contrat social dans notre démocratie de la transparence.

« La vie d’un Président, sur ces questions essentielles qui sont celles de l’amour, c’est la vie de n’importe qui. » Lors de sa conférence de presse de début d’année, Nicolas Sarkozy a voulu tourner la page de l’opacité sur la vie privée des dirigeants politiques – dont l’ère Mitterrand est le plus récent symbole. Cette attitude semble lui avoir coûté la confiance d’une partie des Français. Était-elle judicieuse et juste ? En revendiquant la transparence, il accompagne un mouvement social aussi manifeste que difficile à analyser : la mise à disposition du public de sa vie privée, voire de sa vie intime. Le Président est loin d’être le seul à vouloir se raconter. Les stars se confessent abondamment et évoquent ce qui paraissait, il y a encore quelques années, inavouable – secrets de famille au premier rang desquels liaisons, incestes. Ségolène Royal n’a pas hésité à annoncer sa rupture par voie de presse. L’autofiction est un genre littéraire fécond et très en vogue. La télé-réalité a permis à de nombreux anonymes d’évoquer leur vie intime. Enfin et surtout, les blogs et les réseaux sociaux comme Facebook ou MySpace ouvrent les portes du dévoilement de soi à tous avec un succès certain. Selon la société Forrester, il y avait, fin 2006, 985 000 blogueurs actifs en France. Skyrock annonce aujourd’hui près de 15 millions de skyblogs, sans préciser la part de blogueurs actifs. Que penser de cette tendance à dévoiler sa vie privée ? Dessine-t-elle une redéfinition de l’espace public ?

« La salle de bains est une conquête majeure de notre histoire »

Ces évolutions récentes font franchir un nouveau palier à un mouvement de longue durée qui a permis l’avènement de la vie privée et intime. Des notions qui ne vont pas de soi. Elles ont fait l’objet d’une lente élaboration. Certains philosophes ont marqué les grandes étapes de cette émergence de l’intime. Avec l’installation du christianisme en Occident, les profondeurs de la subjectivité, siège du péché comme de l’espoir de salut, acquièrent une dignité nouvelle – Les Confessions de saint Augustin en témoignent. À partir de la Renaissance, l’interrogation sur notre humanité, délivrée de toute sujétion au divin, ouvre un large champ d’exploration à l’introspection, comme l’expérimente Montaigne dans les Essais. Puis la montée de l’individualisme consacre la prééminence de l’intimité et de la vie privée : au XVIIIe siècle, Rousseau, fâché avec ses semblables, propose dans ses Confessions le portrait intégral d’un homme au naturel. Les siècles suivants élaborent les conditions matérielles, politiques et juridiques de la protection de l’intimité et de la sphère privée. La salle de bains est une conquête majeure de notre histoire. Le droit à la vie privée et à l’intimité s’est démocratisé.

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