Édito
La valse des préjugés
© Micaël pour PM
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 4 de Philosophie magazine « 4 - oct./nov. 2006 », en kiosque le 28 septembre 2006. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est à coup sûr l’un des chapitres les plus odieux des Mémoires d’outre-tombe. Au Livre XVIII, François de Chateaubriand – précurseur de la vague orientaliste – retrace l’itinéraire qu’il a emprunté, entre 1805 et 1806, en Méditerranée. Il use d’un procédé ironique : il entrecroise ses propres impressions avec des extraits du journal de son serviteur, Julien. De cette façon, Chateaubriand entend montrer à quel point l’attention des gens du peuple reste rivée aux détails matériels, tandis que son esprit aristocratique s’envole vers les nuées. De Constantinople, Julien retient que « les Turcs font beaucoup plus usage de chevaux de selle que les autres nations ». Chateaubriand : « Ce qu’on voit n’est pas un peuple, mais un troupeau qu’un imam conduit et qu’un janissaire égorge. » Les sables du désert sont pour le littérateur l’occasion d’une rêverie métaphysique : en Judée, « chaque nom renferme un mystère ; chaque grotte déclare l’avenir ; chaque sommet retentit des accents d’un prophète. Dieu même a parlé sur ces bords. » Quant au serviteur, il préfère penser à son estomac : « Nous sommes descendus de cheval pour les laisser reposer et manger, ainsi que nous, qui avions une assez bonne cantine. »