Au fil des âges

L’anniversaire

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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’impatience avec laquelle l’attendent les petits n’a d’égal que l’effroi qu’il suscite chez les grands. Les uns trépignent pour leurs cadeaux ; les autres savent que la vie ne leur en fera plus beaucoup. C’est toute la différence entre grandir et vieillir que l’anniversaire vient nous rappeler chaque année. Qu’on le veuille ou non, ce moment vient mettre un grain de métaphysique dans le cours quotidien de l’existence. Il nous rappelle qu’il y a un début et qu’il y a une fin et que, sous l’apparente répétition des saisons, se cache un fil de plus en plus court et ténu.

Il n’en a pourtant pas toujours été ainsi, car l’anniversaire est une invention somme toute récente. Jadis, ce que l’on commémorait sous ce nom était le jour, non pas de la naissance, mais de la mort. Celle du martyre des saints, puis celle de particuliers qui demandaient, contre espèces sonnantes et trébuchantes, la tenue régulière d’une cérémonie du souvenir. Il faut dire qu’avant la généralisation de l’état civil, le jour, voire l’année, de naissance n’étaient pas toujours bien repérés. Mais c’est surtout l’hostilité de l’Église qui empêchait cette pratique. Pour saint Augustin et, avec lui, tous les Pères de l’Église, la célébration des naissances apparaît doublement impie. D’une part, elle rappelle des pratiques païennes ; d’autre part, elle représente – mises à part les exceptions notables des nativités de Jésus, Marie ou Jean Baptiste –, la venue au monde d’un nouveau pécheur. Aucune raison de se réjouir ! Les seules fêtes admises sont celles du « saint patron » sous l’égide duquel chaque chrétien est placé lors de son baptême. C’est cette (re)naissance qui vaut, car elle permet d’indexer la brièveté de la vie terrestre sur l’éternité du temps céleste.

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