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L’art, entre provocation et marchandise

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Le concept de chien n’aboie pas. Le philosophe cynique, oui ! Diogène demandait à Alexandre de s’ôter de son soleil. Quels chiens exigent aujourd’hui cela de leurs maîtres ? Le cynisme s’est égaré. Diogène, ce Socrate devenu fou, a recouvré la raison et les honneurs, en même temps qu’il revêtait d’autres masques. L’inspiration qui l’animait s’est déportée vers l’art et la culture. Aujourd’hui, il existe des artistes-chiens, comme Mike Kelley ou Paul McCarthy, qui installent en pleine Biennale de Lyon un énorme campement militaire, hybride et grimaçant (Sod and Sodie Sock, 2003). D’autres nourrissent encore malicieusement la flamme de Diogène, tel Saverio Lucariello qui évoque l’art et l’esthétique en une longue plainte, lové dans une brouette, offrant un spectacle dérisoire et grinçant, inversant ainsi l’image de la grandeur (Fantômobile, vidéo, 1996). Mais le spectacle continue, qui porte au-devant de la scène un autre cynisme, plus adapté à la vanité désormais sue et avouée de la sublimité artistique – celui du kitsch et de la mode : les “Requins” de Damien Hirst ou les “Rabbits” de Jeff Koons, installés à Versailles comme ils pourraient l’être à Disneyland. Ce double visage du cynisme n’est pas propre à l’art, mais il y trouve la mesure de ses ambiguïtés, pris dans le double jeu de l’émancipation dont il contenait la promesse et de sa légitimation esthético-marchande. L’ère du soupçon, les désillusions qui ont marqué la période moderne auront eu cet effet de lui incorporer une conscience qui, si elle ne s’en laisse pas compter, n’en émarge pas moins sur les livres de compte et les cahiers des charges du “monde de l’art”, de ses agents et de ses thuriféraires. »

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