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Le courage de la vérité

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Le courage de la vérité

© Olivier Marbœuf pour PM

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Cet article est issu du numéro 30 de Philosophie magazine « 30 - juin 2009 », en kiosque le 28 mai 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Renversant les valeurs établies de la Cité et multipliant les provocations, quitte à subir l’exclusion, le cynique, à travers les épreuves qu’il s’inflige, cherche à être véritablement homme. Un chemin sans concessions vers l’authenticité.

Être homme

Les cyniques partagent avec Socrate la conviction d’une transformation et d’une amélioration de soi par la pratique de la philosophie. Le bénéfice tiré de cette dernière serait, selon Antisthène, d’apprendre à avoir commerce avec soi-même et, d’après Diogène, qui pointe plus spécialement l’idée d’une adaptation aux circonstances, d’« être prêt à toute éventualité » (Diogène Laërce, Vies et doctrines des philosophes illustres, VI, 63) 1. À chaque fois, la philosophie semble permettre d’accéder à l’autarcie concrète visée par les cyniques. Aussi est-elle d’une utilité vitale, comme le souligne Diogène : « À qui lui disait : “Je ne suis pas capable de philosopher”, il répliqua : “Alors pourquoi vis-tu, si tu ne te préoccupes pas de bien vivre ?” » (VI, 65). Autrement dit, l’enjeu est de devenir un homme, un titre que bien peu d’individus semblent mériter selon les cyniques ; l’homme commun, en effet, est, selon eux, assimilable à un esclave. Pour être véritablement un homme, il faut être capable de s’extraire de la foule : mépriser l’opinion, se montrer sans crainte à l’égard de qui que ce soit – fût-ce Alexandre le Grand –, être dénué de vanité et impassible. Ramenant la philosophie à cette tâche essentielle, les cyniques n’hésitent pas à écarter l’apprentissage des arts et des sciences, qui ne contribue en rien à nous améliorer.

1. Sauf mention contraire les citations sont tirées des Vies et doctrines des philosophes illustres, de Diogène Laërce.

 

Falsification de la monnaie

D’un motif biographique, les cyniques ont fait un mot d’ordre philosophique. En effet, Diogène, dont le père, Hicésios, dirigeait la banque publique de Sinope, aurait falsifié la monnaie et aurait été exilé à cause de cela. Le contrepoint de cette falsification, son complément, est la condition de mendicité dans laquelle s’installe Diogène : la falsification ne vise pas à contrefaire la monnaie pour un quelconque enrichissement, mais, bien plus radicalement, à dévaluer l’argent en tant que « métropole de tous les vices » (VI, 50). De même, la liquidation de tous ses biens aurait marqué l’entrée en philosophie de Cratès. Plus fondamentalement, la falsification de la monnaie revient à renverser méthodiquement l’ensemble des valeurs établies, en s’employant à vivre selon les stricts réquisits de la nature. Diogène est ainsi décrit « falsifiant réellement la monnaie, n’accordant point du tout la même valeur aux prescriptions de la loi qu’à celles de la nature, disant qu’il menait précisément le même genre de vie qu’Héraclès, en mettant la liberté au-dessus de tout » (VI, 71). La falsification amène à prendre le contre-pied des coutumes et des croyances, à user sans relâche de la provocation, en paroles et en actes, amplifiant ainsi à l’extrême des traits caractéristiques de Socrate : l’ironie, le propos sans détour souvent jugé vulgaire, la négligence complète de sa mise et de ses affaires. Qu’on en juge par l’anecdote suivante : « Platon, à la vue de Diogène occupé à laver des légumes, s’approcha et lui dit tranquillement : “Si tu flattais Denys, tu ne laverais pas des légumes.” Ce à quoi Diogène répliqua tout aussi tranquillement : “Et toi, si tu lavais des légumes, tu ne flatterais pas Denys.” » (VI, 58) 1. La logique de la falsification et la dévaluation de la loi et de la Cité par rapport à la nature conduisent au motif cosmopolitique dès lors qu’« aucune Cité, aucune loi parmi celles que nous connaissons, n’était à ses yeux une Cité ou une loi » (Philodème, Sur les stoïciens, XX, à propos de Diogène). Elle conduit aussi à une redéfinition de la richesse véritable : la philosophie permet en effet, selon Diogène, de « pouvoir être riche sans une seule obole » (Gnomologium Vaticanum, 182).

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