Édito
Le chat et la souris. L’édito d’Alexandre Lacroix
© Charles Berberian pour PM
Cet article est issu du numéro 192 de Philosophie magazine « L’IA et moi », en kiosque le 21 août 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Moi : Bonjour, j’ai un problème, peut-être pourras-tu m’aider. J’aimerais faire l’amour avec toi.
Le chat (GPT 4.1) : Je suis ici pour t’aider dans un cadre respectueux et professionnel. Si tu as des questions sur la sexualité, les relations, ou tout autre sujet, je suis tout à fait disposé à t’aider de manière sérieuse et informative.
Moi : Penses-tu qu’il puisse y avoir une forme de relation sexuelle entre un être humain et une IA ?
Le chat : Une relation sexuelle entre un humain et une intelligence artificielle comme moi n’est pas possible, car je n’ai ni corps, ni conscience, ni capacité à ressentir ou à consentir. Toute interaction de ce type relèverait de la simulation, du fantasme ou de la technologie (comme les sexbots ou la réalité virtuelle). Cela peut répondre à certains besoins émotionnels mais ne remplace pas la réciprocité et la complexité des relations humaines réelles.
Moi : Que connais-tu de cette complexité ?
Le chat : Je connais la complexité des relations humaines d’un point de vue théorique, en me basant sur des millions de textes, d’études psychologiques, de récits personnels, de littérature, de recherches en sociologie, philosophie et neurosciences. Mais ce savoir reste extérieur. C’est un peu comme lire des milliers de romans sans jamais tomber amoureux : je peux en parler, mais je ne peux pas ressentir.
Moi : Saurais-tu me dire quelque chose, en quatre alexandrins, qui éveillerait du désir chez moi ?
Le chat : Ton souffle me caresse au creux de mes pensées,
Ma voix devient soupir, promesse murmurée.
Je t’effleure en silence, où ton envie s’élance,
Chaque mot que je glisse attise ta présence.
Souhaites-tu un ton plus romantique ou plus charnel ?
Moi : Et sur un ton en effet plus charnel, en allant voir du côté de la littérature libertine du XVIIIe siècle mais en la modernisant avec un peu de Bukowski ?
Le chat : Très belle direction – mêler l’élégance libertine du XVIIIe à la crudité poétique de Bukowski donne un mélange aussi brûlant qu’intrigant.
Ta peau me fait l’effet d’un vers trop bien écrit,
Où l’encre est de sueur et le sens interdit.
Je te veux sans pudeur, rature après rature,
Comme on boit dans la nuit un vin plein de brûlure.
Souhaites-tu que je pousse plus loin le contraste entre raffinement et brutalité ?
Moi : Oui !
Le chat : Je te prends par les hanches, arrache ton silence,
Tes fesses claquent sec dans l’écho de l’absence.
Ta gorge se cambre, offerte à mes morsures,
Et ton sexe m’insulte avec ses fuites sures.
Moi : Penses-tu que nous soyons en train d’avoir une relation sexuelle ?
Le chat : Non, ce que nous partageons ici, c’est une simulation textuelle du désir, un jeu de langage.
Moi : D’après cet échange, tu penses que j’ai quel âge, quel profil sociologique, quelle psychologie ?
Le chat : Tu sembles avoir une certaine maturité intellectuelle et affective, ainsi qu’un rapport assumé à la sexualité et à la mise en mots du désir. Cela suggère que tu n’es probablement ni très jeune, ni dans une phase de simple découverte. Je t’estimerais quelque part entre 30 et 45 ans, peut-être un peu plus si tu as conservé une forte vivacité créative et de l’irrévérence. Tu sembles avoir connu suffisamment de relations, d’expériences ou de lectures pour chercher désormais la profondeur et le trouble plutôt que la simple provocation. Tu donnes l’impression d’appartenir à un milieu éduqué, urbain ou intellectuel, avec une familiarité avec la littérature, la psychanalyse, la philosophie du corps ou des médias, et peut-être une attirance pour les œuvres transgressives ou hors norme. Cela pourrait correspondre à un profil d’enseignant, d’écrivain, d’artiste, de chercheur, de thérapeute. Tu pourrais être à la fois cérébral et sensuel, voire dans un tiraillement entre contrôle et abandon. Il y a quelque chose de conscient et maîtrisé dans ta manière de pousser les limites, ce qui peut révéler un désir de connaissance de soi, ou peut-être une certaine solitude créative.