Nature
Chauves-souris : sauve qui peut !
© Geoff Brooks/Unsplash
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La pandémie de Covid a mis en lumière le rôle que peuvent jouer les chauves-souris dans la transmission d’un virus. Bien que leur responsabilité ne soit pas établie dans le cas du Sars-Cov-2, l’image de ces animaux, déjà peu populaires, en a de nouveau pris un coup. Le livre dirigé par les anthropologues Frédérick Keck et Arnaud Morvan, Chauves-souris. Rencontres aux frontières entre les espèces (CNRS Éditions), tente justement de comprendre les craintes qu’elles suscitent, pour mieux les dissiper. Quand les scientifiques et les philosophes volent au secours des animaux maudits…
Des mammifères inclassables
Comment classer les chauves-souris, animaux volants mais nocturnes, équipés d’ailes sans plumes, de dents et de mamelles pectorales ? L’étymologie même du mot « chiroptère » (leur appellation scientifique) sème le doute : en grec, kheir signifie « main » et pteron, « aile ». Avec leurs « mains ailées », leur corps poilu et une tête qui évoque parfois celle d’un chien, les chauves-souris sont des animaux hybrides par excellence. C’est sans doute d’ailleurs pour cette raison qu’elles suscitent tant de gêne, voire de dégoût. Comme le souligne l’anthropologue Mary Douglas dans De la souillure (1966 ; dernière édition française La Découverte, 2005), ces mammifères sont perçus comme anormaux car ils échappent aux classifications courantes.

Colonie de chauves-souris. © Gregorio B. Dantes Jr./Pacific Press/Sipa
D’une manière générale, tout ce qui est ambivalent – à cheval entre deux catégories – est culturellement perçu comme sale ou anormal, selon Mary Douglas. Ces animaux sont d’autant plus déroutants que les 1 400 espèces de chiroptères recensées (un cinquième de tous les mammifères !) varient énormément : il en existe tantôt des frugivores, insectivores, omnivores, hématophages (se nourrissant de sang) ou même piscivores (de poissons) ; leur corps peut aller de 3 cm à 50 cm de long et leur envergure, de presque rien à 1,80 m ; les chauves-souris vivent parfois en colonie, parfois en petit groupe ou seules, et ce dans des habitats très diversifiés (cavernes, maisons, arbres…). Bref, ces as de l’orientation nocturne, qui disposent d’un système d’« écholocalisation » perfectionné, désorientent nos repères.