Cinéma

“Le Cri des gardes” : Antigone en Afrique

Temps de lecture : 2 min

“Le Cri des gardes” : Antigone en Afrique

Isaach de Bankolé dans “Le Cri des gardes” (Claire Denis, 2026). © Les Films du Losange

Avec Le Cri des gardes, Claire Denis propose une inquiétante adaptation cinématographique de la pièce de Koltès Combat de nègre et de chiens (1980). Dans une Afrique de l’Ouest fantomatique, sans foi ni loi, un homme cherche à récupérer la dépouille de son frère. Parviendra-t-il à ses fins ?


 

« “Je partirai quand j’aurai récupéré le corps de mon frère.” En costume-cravate et chemise à rayures, Alboury se tient droit, en pleine nuit, de l’autre côté d’un grillage surveillé par des gardes armés, inamovible au point d’en être inquiétant. Il réclame à Horn, le chef de ce chantier de BTP perdu quelque part en Afrique de l’Ouest, la dépouille de son frère, mort dans des circonstances troubles. Aucune discussion ne le fait plier. Horn s’impatiente. Sa jeune épouse, une infirmière sensuelle et dépressive, vient d’arriver sur place, tandis que Cal, autre expatrié logé dans les préfabriqués spartiates, s’alcoolise un peu trop...

Un monde sans lois

Adapté de la pièce de Bernard-Marie Koltès Combat de nègre et de chiens, le nouveau film de Claire Denis, Le Cri des gardes, nous transporte dans un monde sans lois, où le cœur des hommes blancs est aussi sec et dur que la terre ocre qu’ils recouvrent de leurs infrastructures néocoloniales. L’isolement, la violence des rapports sociaux, la laideur du travail à accomplir, tout semblait configuré pour qu’une tragédie advienne. Mais la désolation n’épargne personne, pas même les étrangers. Horn reste traumatisé par une attaque des milices Wagner, et Cal, ingénieur qui aurait préféré rester dans les hydrocarbures (“Tout ce qui jaillit du sol me fait bander”), a le spleen mauvais. Après Chocolat (1988) et White Material (2010), Claire Denis revient filmer les terres africaines reculées, qu’elle connaît bien pour y avoir grandi.

La justice triomphera-t-elle ?

Critique de la domination occidentale raciste en Afrique subsaharienne, Le Cri des gardes tient moins du manifeste militant que d’Antigone, pièce de Sophocle où une jeune femme réclame désespérément une sépulture pour son frère. Comme cette héroïne antique, Alboury se fait une idée platonicienne de la justice. Pour Platon, le Juste existe en soi et peut être connu. Il n’est pas le résultat d’une négociation, encore moins entre deux parties inégales. Contrairement à Antigone, Alboury parviendra à ses fins. Mais il lui aura fallu attendre l’aube, et avec elle, le réveil des vautours. »

 

Le Cri des gardes, film franco-sénégalais de Claire Denis. Avec Isaach de Bankolé, Matt Dillon, Mia McKenna-Bruce et Tom Blyth. 1h49. Infos pratiques.

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