Sport
Le foot n’a pas de sexe
La Coupe du monde féminine de football a débuté, qui se déroulera en France jusqu’au 7 juillet. Amateur de football, Alain Finkielkraut ne sera cependant pas spectateur de cette compétition. Interrogé le 5 juin sur CNews, il déclare : « Je n’aime pas le football féminin. Arrêtez avec l’égalité ! L’égalité bien sûr, mais avec un peu de différence ».
Sa réplique a suscité beaucoup de réactions. Rien de très nouveau, pourtant : depuis longtemps, le philosophe s’est lancé dans une critique de l’égalitarisme et du relativisme, qui confinent selon lui à l’indifférenciation. Invité à s’exprimer pendant l'émission C à Vous sur France 5 le 6 juin, l’Académicien s’est ainsi référé à Tocqueville, mettant en garde contre le mouvement d’égalisation des conditions et « le risque de sacrifier la différence, des sexes en l’occurrence, sur l’autel de l’égalité », redoutant de voir « non plus un spectacle sportif mais un spectacle vertueux ».
Défendre cette forme de conservatisme, c’est oublier que le sport n'a pas de sexe. La pratique du football n’a rien de spécifiquement masculin. Elle est une construction sociale, appuyées sur des raisons morales et esthétiques. Selon la Fédération française de football, les premières équipes féminines apparaissent ainsi en 1916 et le premier match féminin, en France, a eu lieu en 1917. Mais la pratique est interdite aux femmes en 1941, sous le régime de Vichy. Bref, les transformations institutionnelles et réglementaires du système sportif suivent les avancées sociales en matière d’égalité des sexes. Et inversement ?
Selon Mehdi Belhaj Kacem, le football est en effet plus qu’un sport. Il représente aussi un état de la société. Le philosophe en livre une interprétation métaphysique, voyant dans le jeu une des hautes expressions de l’esprit humain. Selon lui, le foot « représente à l’heure actuelle l’œuvre d’art totale, comme c’était le cas pour l’opéra au XIXe siècle. À travers le football, les nations se racontent à elles-mêmes leur destin. » De ce destin, qui peut songer à exclure les femmes ?