Exposition
“Le Genre idéal” : comment et pourquoi catégoriser les œuvres d’art ?
À g. : Philippe Cognée, “Grande foule II”, 1999. Pigments purs mélangés à de la cire d'abeille et à la résine de carnauba, sur toile marouflée sur contreplaqué, 200x200x4 cm. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2025. Photo © Jacques Faujour. — À dr. : Emmanuelle Villard, “OV-70.02”, 2011. Polystyrène, perles, acrylique, laque. 135,5 x70 cm. Inv. Collection MAC VAL – Musée d’art contemporain du Val-de-Marne. Acquis avec la participation du FRAM Île-de-France. © Adagp, Paris 2025. Photo © André Morin.
Cette année, Philosophie magazine fête ses 20 ans. Le Mac Val aussi ! Pour l’occasion, le musée d’art contemporain installé à Vitry-sur-Seine, dans le Val-de-Marne, propose un nouvel accrochage qui s’articule autour de la question du genre. Mais pas du genre au sens des gender studies…
« L’exposition Le Genre idéal traite bien du genre au sens de la catégorisation artistique élaborée en 1667 par l’historien de l’art André Félibien. Dans sa préface aux Conférences de l’Académie, cet architecte dégage cinq genres, du moins noble au plus prestigieux : la nature morte, le paysage, la scène de genre, le portrait, la peinture d’histoire. Sur les cimaises du Mac Val, musée spacieux à la luminosité agréable, ces catégories sont rebaptisées : les biens, les horizons, les gestes, les gens et les heures.
Drôles d’originaux
Les œuvres d’artistes de renommée mondiale (Arman, Annette Messager, Orlan, Daniel Spoerri...) dialoguent avec des créations d’artistes plus confidentiels, à l’inventivité ou à la drôlerie saisissantes. Dès la première section, le réfrigérateur monté sur des skis de Présence Panchounette ou l’ordinateur en résine lilas d’Éric Baudart interrogent avec facétie notre dépendance aux marchandises. Plus délicates, les photos monochromes de Nicolas Floc’h offrent une approche quasi mystique des horizons marins. Côté “gens”, sans doute la plus belle section, l’installation Qui parle ainsi se disant moi, de Laura Lamiel, propose un jeu de miroirs faisant apparaître et disparaître le spectateur, tandis que Julien Berthier recrée une photo de Hannah Arendt avec des objets récupérés dans la rue...
Pensons-nous dans des cases ?
L’idée du parcours n’est pas de mettre à nouveau les œuvres dans des cases, mais de montrer comment notre regard est influencé, voire perturbé, par les catégories de pensée. Pourquoi est-on attaché à l’idée de portrait ? Y a-t-il encore des paysages qui méritent d’être immortalisés ? La peinture d’histoire est-elle vraiment passée de mode ? “La catégorie ‘art contemporain’ peut être comprise comme un genre en soi”, écrivait la sociologue Nathalie Heinich en 1998, dans Le Triple Jeu de l’art contemporain. À rebours de cette idée, l’exposition entend décloisonner l’art contemporain, trop souvent décrié, pour mieux montrer ses multiples échos avec l’histoire de l’art. Une généalogie horizontale, plutôt que verticale, qui permet à tout un chacun, sans hiérarchie, de s’emparer des créations qui lui parlent le plus.»
Le Genre idéal, exposition au MacVal (Val-de-Marne), jusqu’en mars 2027. Infos pratiques.
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