Pédophilie dans l’Église
Le philosophe Pierre Manent s’explique sur sa contestation du rapport Sauvé
Pierre Manent en 2019. © Florence Brochoire/Signatures
Au lendemain de la publication du rapport Sauvé, qui estimait à au moins 330 000 le nombre de mineurs abusés sexuellement depuis les années 50, le pape François avait exprimé « douleur et tristesse pour les victimes » et fait part de sa « honte » pour l’incapacité de l’Église à entendre et protéger les victimes. Deux mois plus tard, alors qu’il s’apprête à recevoir les représentants de l’Église française pour aborder les suites de cette affaire, il a fait part de plus de réserve (« Lorsque l’on fait ce genre d’étude, on doit être attentif à l’interprétation. Une situation historique doit être interprétée avec le contexte de l’époque »).
Le pape aurait-il été changé d’avis ? Serait-il devenu sensible aux arguments très critiques développés par huit membres de l’Académie catholique de France, dans un texte destiné aux évêques et au représentant du pape ? Outre « une méthodologie défaillante et contradictoire » et des « a priori idéologiques » qui auraient conduit à surestimer le nombre de victimes et avaliser le caractère « systémique » de ces abus, ce texte dénonce la remise en question du secret de la confession et l’idée d’intégrer à l’avenir davantage les laïcs – ce qui qui reviendrait à ébranler les fondements théologiques et philosophiques de l’Église catholique.
Pierre Manent, figure importante de la pensée politique, disciple de Raymond Aron et de Léo Strauss, figure parmi les signataires de la contestation d’un rapport qui avait pourtant fait l’unanimité dans l’opinion. Nous lui avons demandé de s’en expliquer ; il nous livre une charge virulente contre l’esprit de ce rapport qui conduirait à placer l’institution ecclésiale sous la « tutelle de toutes sortes d’acteurs sociaux et idéologiques ». Une prise de position qui ne manquera pas de faire réagir.