Théâtre
Le possédé et possédant “Macbeth” d'Ariane Mnouchkine
Macbeth, mise en scène d'Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil © Michèle Laurent
Le mal fait-il partie de la nature humaine? Gesticulant, grimaçant, pour tout dire monstrueux, le “Macbeth” d'Ariane Mnouchkine semble indiquer le contraire. À voir au Théâtre du Soleil (Cartoucherie de Vincennes).
Général victorieux, le valeureux Macbeth est comblé de bienfaits par Duncan, roi d'Écosse. Mais l'ambition du héros, entretenue par les exhortations de son épouse et l'oracle des trois sorcières qui a prédit son accession au trône, nourrissent en Macbeth e bien sombres projets. Un complot dont l'exécution ne laissera personne indemne...
Venue au théâtre par Shakespeare, Ariane Mnouchkine renoue avec ses premières amours à l'occasion des 50 ans du Théâtre du Soleil. Fidèle à ses habitudes, la troupe de légende donne à voir un Macbeth au rythme échevelé, où l'épopée sociale le dispute aux déchirements intérieurs des personnages, servis par des comédiens remarquables On pense en particulier à la brillante prestation de Serge Nicolaï en Macbeth, dont les râles et les attitudes bestiales semblent tout droit sorties d'une toile de Jérôme Bosch ou d'un film d'Albert Dupontel!
Boulerversement cosmique
C'est d'ailleurs le parti pris de cette mise en scène que de fournir une incarnation à l'idée très shakespearienne que le mal est une perversion de l'ordre naturel, venue d'on ne sait quel horizon néfaste. Tordus et grimaçants, les personnages semblent la proie d'une peste démoniaque, tandis que les changements incessants de décors renforçent le sentiment d'un bouleversement cosmique.
La pièce semble ainsi rejouer le débat platonicien du Gorgias sur la nature de nos obligations morales. Si, de son côté, Socrate invoque l'exemple offert par l'harmonie des planètes pour justifier la modération dans les relations humaines, Calliclès propose à l'ambitieux de calquer sa conduite sur la lutte des espèces. Ce même débat sur la nature humaine met aux prises Macbeth, en proie à ses scrupules, avec son épouse. Celui-ci s'exclame : « Paix! Je te prie! J'ose faire tout ce qui sied à un homme. Qui ose faire plus n'en est plus un. » Et sa diabolique lady de lui répondre: « Vous n'en serez que plus homme encore. »

La décision d'Ariane Mnouchkine, devenue aujourd'hui monnaie courante, de situer l'intrigue dans l'époque contemporaine est ici parfaitement justifiée, dans la mesure où l'insistance sur le rôle des médias, à travers la nuée de journalistes qui accompagnent les personnages, permet de renouveler notre vision des époux Macbeth. Leur espoir de se soustraire aux remords des criminels n'a de sens, en effet, que s'ils confondent la conscience qu'ils ont d'eux-mêmes avec le regard d'un public complaisant.