Théâtre
Stéphane Braunschweig : “Macbeth, une pièce traversée par l’inconscient”
“Macbeth” dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig © Thierry Depagne
Cet article est réservé aux abonnés.
Le metteur en scène Stéphane Braunschweig met en scène “Macbeth” à l’Odéon-Théâtre de l’Europe du 26 janvier au 10 mars 2018. Jetant un regard neuf sur le couple régicide, il tire de cette histoire d’amour tragique une réflexion sur la prédestination, la liberté et le mal.
Que retenez-vous de Macbeth ?
Stéphane Braunschweig : En bon matérialiste, je suis sensible aux pièces qui interrogent la croyance, l’irrationnel, et qui possèdent une dimension métaphysique. Macbeth articule un ensemble de questions existentielles, philosophiques, psychologiques et politiques, dans un écheveau d’éléments surnaturels : c’est une pièce profondément énigmatique.
Quel fil avez-vous tiré, pour la mise en scène ?
Lorsqu’on se confronte à Macbeth, toute une tradition d’interprétation se rappelle à nous. Lady Macbeth évoque immédiatement la femme diabolique qui manipule son mari fragile pour assouvir sa soif d’ambition. C’est un cliché qui a la vie dure mais qui ne résiste pas à une lecture approfondie de la pièce. Pour moi, c’est d’abord l’histoire d’un couple fusionnel qui va se fracasser sur son fantasme de toute-puissance, dont l’ambition politique n’est qu’une figure. Le projet d’accession au pouvoir est partagé, et la voie du crime empruntée ensemble. Ce qui est passionnant, c’est comment la culpabilité leur revient à la figure, par des visions ou des crises de somnambulisme, alors même qu’ils semblent assez détachés de l’horreur morale de leur acte. Mais dans le monde où ils évoluent, on dirait que la guerre civile a déjà fait vaciller les frontières du bien et du mal. Le royaume de Duncan est meurtri par des guerres atroces, déchiré par des rivalités qui opposent traîtres et rebelles. Quelque chose est bel et bien pourri au royaume d’Écosse ! Et paradoxalement, dans cet univers tourmenté, plein d’hypocrisies et de faux-semblants, l’amour des Macbeth présente une forme de vérité, qui les rend fascinants et attachants.