Cinéma
Macbeth, le sang et le mal
Photogramme de la bande-annonce “The Tragedy of Macbeth – Official Trailer” en ligne sur la plateforme YouTube. © Apple TV+
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L’adaptation cinématographique d’une pièce de Shakespeare passe rarement inaperçue. Encore moins quand il s’agit de l’histoire sanglante de Macbeth. Et encore moins quand l’un des frères Coen est à la réalisation. Enthousiasmé par le résultat, Florian Werner, rédacteur de l’édition allemande de Philosophie magazine, décrypte le film diffusé sur Apple TV+.
La traînée de sang mène directement au roi. Alors qu’à l‘écran, la brume se dissipe, un homme apparaît titubant sur la plage. Sur le sable immaculé, des gouttes sombres forment une ligne erratique. L’homme est un capitaine de l’armée écossaise. Il vient rendre compte à son roi de la victoire remportée sur les Norvégiens, mais surtout des exploits héroïques du courageux général Macbeth, plongeant son épée fumante dans les rangs adverses comme s’il voulait baigner dans leur sang.
Même si la nouvelle adaptation cinématographique (magistrale !) du drame shakespearien par Joel Coen (pour la première fois sans son frère Ethan) est réalisée dans un noir et blanc dur et expressionniste, le leitmotiv de l’œuvre est bel et bien ce rouge singulier du sang sous toutes ses formes. Sang de la parenté et des généalogies seigneuriales. Fluide corporel précieux qui s’échappe du corps blessé, et dont la perte excessive entraîne la mort. Selon Michel Foucault, le sang est « une réalité à fonction symbolique » : « Son prix tient à la fois à son rôle instrumental (pouvoir verser le sang), à son fonctionnement dans l’ordre des signes (avoir un certain sang, être du même sang, accepter de risquer son sang), à sa précarité aussi (facile à répandre, sujet à se tarir, trop prompt à se mêler, vite susceptible de se corrompre) ». Dans La Tragédie de Macbeth, adaptation de l’oeuvre de Shakespeare, tous ces aspects à la fois se mêlent et s’affrontent.