Sens et vie

Le temps

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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le temps ne passe pas à l’extérieur de nous, mais en nous. C’est pourquoi il nous porte davantage qu’il ne nous use.

C’est un jour de printemps, chez la princesse de Guermantes, que le narrateur d’À la recherche du temps perdu découvre simultanément, sous les visages fanés des convives, les ravages et les reconstitutions du temps.

Le temps, d’abord, lui semble un désastre, une aliénation qui donne au même nom le contenu hétéroclite d’un être changeant. Parce qu’elle s’empare des corps, l’inconcevable dimension du temps n’apparaît que sous la forme des figures qu’elle empâte ou des sentiments qu’elle dessèche. C’est le temps qui transforme tout homme en fantôme, la cocotte en grosse dame, le snob en momie et le noble en agonisant. Tel un déguisement grotesque qu’on met une vie entière à porter complètement, le temps attache aux jambes des semelles de plomb, fait boiter ceux qui, déjà, ont un pied dans la tombe…

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