Arts. Cinéma
Le théâtre des origines
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Cet article est issu du numéro 15 de Philosophie magazine « 15 - hiver 2007 », en kiosque le 06 décembre 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Valeria Bruni-Tedeschi livre un film baroque et psychanalytique sur le temps qui passe et le désir d’enfant, sur la vie entendue comme un théâtre de soi. Tandis qu’Ang Lee met en scène une relation érotique en eaux troubles.
Marcelline s’apprête à répéter le rôle de Natalia Petrovna, l’héroïne de la pièce de Tourgueniev, Un mois à la campagne, qui sera jouée au théâtre des Amandiers, à Nanterre. Arrivée au milieu de sa vie, cette actrice accomplie, interprétée par Valeria Bruni-Tedeschi (qui a fait ses classes dans ce même théâtre), sent la scène du monde vaciller sous ses pas. Les actes défilent irrémédiablement, accroissant son sentiment de solitude. Ses proches lui reprochent son égoïsme, son narcissisme. La nature lui joue des tours, comme si elle voulait la faire devenir autre ; ses hormones masculines pourraient prendre le dessus, l’avertit sa gynécologue. Se disant prête à renoncer à la gloire et aux honneurs, la jeune femme prie la Vierge de lui donner homme et enfant.
Ce recours paradoxal à l’Immaculée Conception pour dire son désir de grossesse fait sentir le poids de son ascendance – un père décédé, fantôme à ses heures, une mère toquée et réprobatrice –, qui entrave sa descendance. Quand on lui demande si elle a un père (sous-entendu, pour son enfant), elle répond : « Non, mon père est mort »… Sur ce plan, Actrices ne manque pas de faire écho au film jumeau de Noémie Lvovsky (actrice dans Actrices), Faut que ça danse ! (2007), dans lequel joue Valeria Bruni-Tedeschi. Dans Faut que ça danse !, une séquence onirique figure le mariage œdipien entre Sarah, enceinte, et son père, Salomon…