L'écrivain-voyageur Cees Nooteboom à Tokyo, en présence du dédoublement culturel japonais
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Cet article est issu du numéro 88 de Philosophie magazine « Où avez-vous la tête ? », en kiosque le 26 mars 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Dans mon roman Mokusei ! [1982, trad. fr. Actes Sud, 1987], dont le héros est photographe, je développe cette idée qu’il y a deux Japon. C’est ce que vous fera ressentir une promenade dans Tokyo. D’un côté, il y a le Japon visible, dont il faut bien admettre qu’il n’est pas très réjouissant pour l’œil avec ses constructions modernes, ses enseignes lumineuses, sa circulation automobile congestionnée, ses bretelles d’autoroute anarchiques et ses câbles électriques suspendus un peu partout. Même les rives des fleuves sont bétonnées. L’espace des appartements est compté, minuscule. Cependant, il y a aussi un autre Japon, la plupart du temps invisible et qui n’en est pas moins réel et vivant : c’est celui de la culture traditionnelle, de la calligraphie, des codes de politesse, du théâtre nô… Le plus étonnant, c’est que les Japonais semblent capables de circuler entre ces deux dimensions, de passer de l’une à l’autre sans même s’en rendre compte.