L’énigme Valéry
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Cet article est issu du numéro 121 de Philosophie magazine « Pourquoi avons-nous besoin d’être aimés ? », en kiosque le 05 juillet 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Il a été le modèle de toute une génération de poètes et de romanciers, avant de sombrer quelque peu dans l’oubli. Trop officiel, pas assez maudit, Valéry ? Son œuvre dresse un portrait plus complexe que cela.
Comment gravir le mont Valéry ?
Paul Valéry est de ces auteurs dont tout le monde connaît le nom sans pour autant l’avoir jamais vraiment lu. C’est que la montagne Valéry ne se laisse pas facilement aborder : pas tant à cause d’une langue qui serait obscure et rebutante, bien au contraire, plutôt du fait de l’absence d’un livre central, celui dont on pourrait dire : « Il faut absolument que tu lises ça. » De la poésie de Valéry, on entend souvent dire qu’elle est datée : peut-être a-t-il souffert de s’insérer entre la modernité épurée d’un Mallarmé et les audaces du surréalisme ? De même que le jeune Paul Valéry était venu chercher auprès de Mallarmé un père de substitution, André Breton commence pourtant par voir en Valéry son mentor et confident littéraire… avant de l’assassiner de ces mots, à la parution de La Jeune Parque en 1917 : « Il y a donc abdication ! Monsieur Teste fut un fantoche. » Breton ne pardonne peut-être pas à Valéry d’avoir rompu le silence d’une vingtaine d’années qui faisait de lui, de son vivant même, un personnage mythique du monde des lettres. Comme Rimbaud, Valéry aurait dû s’évanouir dans quelque contrée exotique et lointaine… certainement pas gagner sa croûte au ministère de la Guerre et revenir sur le devant de la scène à coup de ce qu’un Breton, un rien ingrat, appelle des « vers savants ». La portée et la postérité du surréalisme laissent par la suite bien peu de place à une œuvre qui déborde largement le champ de la poésie. Si, en privé, Valéry se montre dans sa vieillesse un amoureux passionné, sa face publique prend des allures très officielles : élection à l’Académie française, discours prononcés en toutes occasions… au point que lui-même se qualifie, non sans ironie, de « Bossuet de la Troisième République ». Intimidant ? Voici quelques prises pour se lancer en paroi escarpée.