Les marchés sont-ils bêtes et méchants?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 56 de Philosophie magazine « 56 - février 2012 », en kiosque le 20 janvier 2012. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Tentez d’imaginer un mari qui exige de sa femme qu’elle s’occupe de la maison et des enfants, mais aussi et dans le même temps qu’elle réussisse sa carrière professionnelle et qu’elle soit toujours sexy ; qui joue tous les soirs au casino l’argent du ménage ; qui s’achète séance tenante les crèmes et les écrans plats que conseille son magazine favori ; qui a des sautes d’humeur incessantes, pouvant passer plusieurs fois de l’euphorie à l’anxiété extrême, voire à la panique blanche au cours de la journée ; qui est capable de demander le divorce pour un café trop froid ou une chemise mal repassée ; et qui parvient à justifier tous ses comportements par des raisonnements aussi habiles qu’alambiqués ; est-ce à vos yeux un bon parti ?
Dans cette description de l’époux insupportable, vous aurez reconnu bien sûr les marchés financiers. Et dans le rôle de l’épouse, les nations européennes. Malheureusement, le divorce n’est pas en vue : cet attelage conjugal a encore un long avenir devant lui. Reprenons dans l’ordre la liste de ses maux.
D’abord, les marchés adressent des injonctions contradictoires aux gouvernements nationaux : ils leur demandent d’adopter des politiques d’austérité mais aussi de faire revenir la croissance. Cette posture schizophrène, confinant au sadisme, est bien résumée par une note d’un analyste de Goldman Sachs datée du 2 décembre dernier : « L’utilisation délibérée de la pression des marchés pour forcer les décisions politiques peut être un mauvais calcul plongeant tout le système dans l’abysse. » Où l’on retrouve bien le « Passe l’aspirateur et sois coquette ! ».