La mort
Les petites morts des grands sages
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Cet article est issu du numéro 44 de Philosophie magazine « 44 - novembre 2010 », en kiosque le 28 octobre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Vivre en accord avec sa pensée, c’est bien, m ais mourir en accord avec elle, c’est mieux. Avec la complicité du philosophe britannique Simon Critchley (lire entretien), nous rendons visite à ces sages qui ont fait de leur trépas la signature ultime de leur œuvre.
Francis bacon
Jusqu’au bout de ses théories
Père de l’empirisme, Francis Bacon (1561-1626) décède d’un banal coup de froid lors d’une ultime expérience sur la conservation par la neige.
« Hiver 1626 à Londres. Par un froid glacial, Francis Bacon traverse la ville dans un attelage quand une idée lui traverse soudain l’esprit : et si la neige permettait de conserver la viande aussi longtemps que le sel ? Le philosophe se fait apporter un poulet par une vieille dame, mais attrape froid dans la foulée et s’éteint trois jours plus tard. C’est ce qui s’appelle une mort par “empirisme” – courant dont Bacon fut le père sous sa forme moderne. Le philosophe affirmait que la nature est le fondement du savoir. Contre l’idée d’une connaissance a priori et innée, Bacon en appelle à la redécouverte du monde physique, à travers les expériences sensibles. Au cœur de sa philosophie : l’homme comme “ministre et interprète de la nature” (Novum Organum). En l’occurrence, la nature a eu le dernier mot sur Francis Bacon. En anglais, on dirait qu’il est mort à la tâche, “with his boots on“. Au-delà de sa dimension comique, l’histoire de Bacon possède une morale : le philosophe est mort comme il a vécu. Il y a une identité parfaite entre sa vie, son œuvre, et les circonstances de sa disparition. Celles-ci nous font aussi penser à une mort sur scène : par exemple, mourir sur un terrain de football, tels ces joueurs qu’on a vu s’effondrer en plein match… Ou encore mourir en donnant un cours de philosophie ! »