Les pigeonniers vénitiens

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Cet article est issu du numéro 110 de Philosophie magazine « Quelle part d’enfance gardons-nous ? », en kiosque le 01 juin 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ces drôles de bâtisses conçues pour les volatiles peuplent une île de la mer Égée. Que peut ressentir un être humain dans un lieu qui n’est pas fait pour lui ?

D’après Henry Miller, le Turc étant l’ennemi « le plus cruel du monde » (Le Colosse de Maroussi), l’île de Tinos, située dans le nord des Cyclades, eut le bonheur d’échapper au joug ottoman jusqu’au début du XVIIIe siècle. Et encore, la funeste invasion ne dura-t-elle qu’un siècle…

Tinos était restée sous administration vénitienne. Les doges et les princes ayant du goût pour les pigeons cuisinés, l’île se para de centaines de pigeonniers, tourelles de pierre ouvragées dont la fonction était de protéger les oiseaux. Les pigeons y prospéraient avant de finir dans les assiettes sérénissimes. On en trouve encore près de huit cents. Elles constellent la campagne et dominent la mer, plantées sur les versants. C’est le seul endroit du monde où les pigeonniers ont l’air de nids d’aigle. Leur silhouette se distingue de loin, nacrée par le lait de chaux. Les pigeonniers ressemblent à des bonbonnières de sucre, semées sur les terrasses. Quelques-uns abritent encore des oiseaux, de beaux columbidés à plastron d’émeraude qu’on entend roucouler au fond des orifices. La plupart sont classés au titre des monuments historiques, d’autres s’effritent dans l’air iodé. Les propriétaires en ont aménagé quelques-uns pour les voyageurs de passage.

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