Allemagne / Industrie
L’éthique protestante et l’esprit de Volkswagen
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Cet article est issu du numéro 94 de Philosophie magazine « La nature a-t-elle toujours raison ? », en kiosque le 22 octobre 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le constructeur automobile a triché, infirmant la théorie de Max Weber selon laquelle l’Europe du Nord serait plus sérieuse et vertueuse que ses voisins du Sud. Explications.
Le 18 septembre dernier, la direction de Volkswagen reconnaissait avoir introduit dans ses véhicules Diesel un logiciel tricheur, capable de fausser les émissions du moteur en cas de test. Au moins 11 millions d’automobiles dans le monde seraient concernées, dont à coup sûr 8 millions en Europe. Immédiatement, le cours de l’action du constructeur allemand a perdu près de 40 %. Le président du Directoire du groupe, Martin Winterkorn, s’est vu acculer à la démission. L’enquête n’est pas achevée, mais un certain nombre d’ingénieurs ont d’ores et déjà avoué leur participation à la fraude.
« Le manque de coscienziosità des ouvriers de ces pays a été et demeure l’un des principaux obstacles à leur développement capitaliste »
Max Weber
En elles-mêmes, ces péripéties ne sont pas si surprenantes : le premier objectif d’une entreprise capitaliste est d’être rentable, pas de protéger l’environnement. Pourtant, cette affaire prend à revers quelques préjugés bien ancrés. Max Weber n’écrivait-il pas, à propos des pays du sud de l’Europe et d’Asie, dans L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1905) : « Tout employeur le dira : le manque de coscienziosità des ouvriers de ces pays – l’Italie par exemple, comparée à l’Allemagne – a été et demeure l’un des principaux obstacles à leur développement capitaliste » ? Au-delà de l’indignation ou de l’ironie, essayons de tirer trois leçons philosophiques de ce scandale :