Hors-série Levinas

Levinas et le christianisme

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Emmanuel-Levinas

(cc) Wikimedia Commons / Bracha L. Ettinger

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Pourquoi Levinas est-il devenu une référence dans les milieux chrétiens ? Philippe Capelle-Dumont, prêtre et philosophe, dévoile les raisons de cette affinité inattendue qui fit d’un lecteur du Talmud un philosophe estimé par le pape Jean-Paul II. 

Cet article est issu du hors-série n°40 consacré à Emmanuel Levinas, actuellement en kiosques. À la demande de Philippe Capelle-Dumont, l’entretien a été légèrement rectifié par rapport à la version imprimée ☛ 

Quelle fut la position d’Emmanuel Levinas à l’égard du christianisme ?

Philippe Capelle-Dumont : S’il est resté pudique dans sa relation au christianisme, de son enfance lituanienne à sa participation, après guerre, à la renaissance des amitiés judéo-chrétiennes, il faut éviter d’abstraire ses pensées de son itinéraire personnel. Certes, enfant, le christianisme lui « parlait comme un monde tout à fait fermé, dont, en tant que Juif, on n’avait rien de bon à attendre. » 1 Mais, pendant la guerre, son épouse et sa fille trouvèrent refuge chez les sœurs de saint-Vincent-de-Paul [près d’Orléans]. La dette qu’il dit alors contracter nuancera ses premières rencontres négatives avec l’Église : « Ce que je dois dépasse la gratitude, la reconnaissance va bien plus loin. » 2

Sur le plan philosophique, il trouve en lisant l’Évangile une représentation de l’humain très proche de ses propres réflexions. Le chapitre 25 de Matthieu voit, par exemple, dans le refus d’hospitalité des pauvres le refus du « bon Dieu en personne ». La position de Levinas est donc profondément ambivalente : d’un côté, les Évangiles louant une humanité et une charité salutaires ; de l’autre, des pratiques d’exclusion manifestant une trahison de ce message : « Le pire, c’était que ces choses effroyables de l’Inquisition et des croisades étaient liées au signe du Christ, à la croix. Cela paraissait incompréhensible et demandait explication. » 3

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