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Levinas avant Levinas : une philosophie de l’évasion

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Levinas avant Levinas : une philosophie de l’évasion

© Éditions Manucius

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Emmanuel Levinas, philosophe de l’altérité, du visage et de l’éthique ? Oui sans doute : c’est le Levinas le plus connu, celui de la maturité – mais aussi celui dont les travaux éclipsent les autres, notamment les écrits de jeunesse. Avant de se consacrer à ces thématiques qui lui valurent la reconnaissance, et plus précisément avant la Seconde Guerre mondiale, Levinas a pourtant eu d’autres centres d’intérêt, comme le raconte Joëlle Hansel dans Levinas avant la guerre. Un philosophe de l’évasion (Manucius, 2022). Portrait de Levinas en jeune homme, qui portait alors fièrement « une abondante chevelure très noire » mais qui était surtout très épris de liberté et inquiet de la montée de l’antisémitisme.

“Levinas, philosophe français”

On savait que Levinas avait toujours éprouvé un certain tropisme pour la philosophie allemande, et en particulier pour la phénoménologie de Husserl. C’était déjà le cas dans sa jeunesse, même si on le découvre ici avide de philosophie française. Dès ses 17 ans, celui qui est né en 1905 dans l’actuelle Lituanie (mais qui faisait alors partie de l’Empire russe) a en effet choisi la France, et plus précisément l’université de Strasbourg pour y suivre des études de philosophie jusqu’au doctorat. Il aime la langue française et lit des auteurs comme Bergson, mais aussi d’autres qui sont aujourd’hui plutôt délaissés tels que Léon Brunschvicg, Gabriel Marcel – avec lequel il entretint des liens d’amitié réguliers, même s’il qualifiera plus tard sa pensée de « philosophie de papa » –, Jean Wahl et Louis Lavelle. À l’époque, Levinas éprouve un goût certain pour cette manière de philosopher, et considère même que Bergson avait en commun avec Heidegger une « attention au concret et au vécu » qui tranche heureusement avec ce qu’il perçoit alors comme l’« intellectualisme » et le « théorétisme » de Husserl, comme l’explique Joëlle Hansel.

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