Entretien
Olivier Mannoni : “Hitler ne sait pas écrire, et pas tellement penser de manière cohérente”
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Comment traduire Hitler ? C’est la question à laquelle s’est efforcé de répondre Olivier Mannoni, auteur de la nouvelle traduction de Mein Kampf. Il revient, pour nous, sur la difficulté de rendre compte du style décousu et incohérent de l’ouvrage.
Avez-vous hésité à vous lancer dans la traduction de Mein Kampf ?
Olivier Mannoni : L’aura maléfique du texte est à mon avis ce qui lui vaut une curiosité malsaine : « Ne touchez pas à ça, c’est un livre maudit » – on ne pourrait faire mieux comme teasing… C’est le meilleur moyen d’attirer les gens vers ce texte, qui se vend d’ailleurs à 5 000 exemplaires par an dans une édition sans aucune autre précaution que huit pages d’avertissement. Mein Kampf est un objet d’étude historique. En donner une traduction précise, avec un appareil critique extrêmement conséquent, me paraît la meilleure manière de le traiter. Je n’ai donc pas hésité longtemps avant d’accepter de prendre en charge la traduction. Dès le départ, le projet était encadré par une équipe d’historiens – ce qui est un principe pour moi, quand je travaille sur des textes sources. J’avais, à vrai dire, déjà entamé ce travail de manière fragmentaire : j’ai traduit une quarantaine d’ouvrages sur l’histoire du nazisme, sur l’histoire de l’antisémitisme, et sur l’histoire de la Shoah. Or, on y rencontre sans cesse Mein Kampf partout sous forme de petits bouts, de citations.
Outre la présentation de chaque chapitre, l’accompagnement de la lecture se lit jusque dans la mise en page du texte…
Par sa mise en page, le texte est en effet littéralement encadré, encerclé, pris en tenaille par l’appareil de notes. Tous les mensonges historiques – et ils sont nombreux – d’Hitler sont systématiquement décortiqués par les historiens chevronnés qui ont mené ce projet. Le sens et l’origine des termes sont précisés. Le texte est donc, obligatoirement, un objet d’étude, et pas un texte de lecture. Il y a, dans les notes elles-mêmes, une convergence de plusieurs points de vue. Une équipe s’occupait des sources historiques, une autre du sens des mots, une autre encore de la traduction des notes de l’édition allemande. Je crois d’ailleurs qu’au-delà du cas particulier de Mein Kampf, cette manière de procéder pourrait contribuer à fixer de nouvelles normes dans la manière d’éditer des textes sources. Une édition de ce type pourrait être très intéressante en philosophie, notamment.
“‘Mein Kampf’ est un objet d’étude historique. En donner une traduction précise, avec un appareil critique extrêmement conséquent, me paraît la meilleure manière de le traiter”