Les intraduisibles… du français au chinois

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Cet article est issu du numéro 20 de Philosophie magazine « 20 - juin 2008 », en kiosque le 29 mai 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Pour la traduction de mots d’origine étrangère, la langue chinoise dispose de trois possibilités : traduction phonétique, combinaison des morphèmes n’ayant pas de signification ; traduction sémantique, combinaison de plusieurs morphèmes qui rend le sens du terme d’origine ; diverses combinaisons des traductions phonétique et sémantique. Dans le champ philosophique, la traduction rend compte le plus souvent d’une hésitation.

Philosophie 哲学

Afin de distinguer le terme « philosophie » des enseignements de sagesse pratiqués en Chine, le jésuite Giulio Aleni (1582-1649) choisit une transcription phonétique : fei-luo-suo-fei-ya. Dans son dictionnaire de 1868, le missionnaire Wilhelm Lobscheid opte pour Li-xue, concept indigène emprunté au courant « néoconfucéen » (dynastie des Song, 960-1279). Enfin, le lettré japonais Nishi Amane trouve la solution en 1874 avec zhe-xue, zhe désignant les hommes sages qui savent interpréter les songes, xue correspondant à « enseignement », « doctrine ».

 

Métaphysique 形而上学

Xuan-xue, « la doctrine de l’obscur » a été une école fleurissant au IIIe siècle. Puisqu’elle était le seul courant philosophique abordant les questions fondamentales, certains traducteurs choisirent ce terme. La traduction qui prévaut aujourd’hui est xing-er-shang-xue qui se réfère à un passage d’un commentaire au Livre des mutations : « Ce qui est au-dessus des formes, s’appelle le Tao (la Voie) ; ce qui est au-dessous des formes s’appelle l’instrument. » La métaphysique s’occupe donc des phénomènes « au-dessus du monde des formes ».

 

Individualité 个性 

Les tentatives de traduction de la notion depuis 1881 sont trop nombreuses pour être toutes citées. En République populaire de Chine, le terme « société » ne figure pas dans le discours sur l’individu, le parti en ayant galvaudé l’usage. C’est donc par opposition à l’État qu’on cherche à définir l’individu.

 

Transcendance 超越性

Zhi-zhi, « aller à l’extrême », ou ji-shen, « extrémité suprême » (Dictionnaire de Lemaire, 1874). Inoue Tetsujiro, en 1912, propose chao-jue, « surmonter-absolu », terme repris dans le Dictionnaire français-chinois (1921) qui complètera avec shen-ao-zhi-li, « le principe du mystère profond ». Dans certains cas, c’est moins le signifiant du terme qui anime la discussion que son signifié. Chao-yue-xing, « surmonter – aller au-delà – ité », finalement choisi, a encouragé certains intellectuels à inventer une « transcendance immanente » : une véritable transcendance n’existant pas dans la tradition chinoise, ils ont cherché à traduire ainsi l’intérêt que portait Confucius à la société humaine. Le terme chao-yue sert ici à ennoblir le caractère profondément immanent de cette pensée et à en souligner la supériorité.

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