Politique

L’heure d’une “troisième gauche” européenne ?

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L’heure d’une “troisième gauche” européenne ?

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La gauche européenne serait-elle en train de se réveiller face à la montée des populismes ? D’après un rapport de la Fondation Jean-Jaurès, une « 3e gauche post-sociétale » émergerait en Grande-Bretagne, au Danemark, en Suède ou en Allemagne. Le philosophe Denis Maillard, qui a contribué au rapport, nous explique en quoi consiste cette mouvance politique.


 

« Un spectre hante l’Europe : le spectre de la sortie de la gauche de l’Histoire. » Le pastiche marxien par lequel Renaud Large ouvre l’étude collective qu’il a coordonnée pour la Fondation Jean-Jaurès n’est pas qu’un clin d’œil. Il dit bien l’état de panique d’un courant politique qui a perdu à la fois sa boussole théorique et son assise populaire. De fait, depuis une bonne vingtaine d’années, dans sa majorité, la gauche européenne se défait politiquement sans arriver à se redéfinir intellectuellement. Elle oscille ainsi entre la radicalité impuissante du populisme et l’approbation social-libérale du marché, quand elle n’épouse pas les travers d’une bourgeoisie culturelle qui brandit son surplomb moral comme une vertu civique. Chacune de ces positions traduit pourtant une réaction à l’évolution du monde depuis la fin du communisme mais toutes sont des échecs : altermondialisme, souverainisme et populisme de gauche inspirés par des penseurs comme Chantal Mouffe ou Ernesto Laclau ; social-libéralisme et « troisième voie » portés par un sociologue comme Anthony Giddens. Jusqu’à présent, rien de tout cela n’a réussi. Pourquoi ? C’est ce qu’explique dans le rapport de la Fondation Jean-Jaurès le chercheur Amaury Giraud en racontant la lente mue d’un socialisme devenu sociétal : abandon du peuple comme sujet politique central, mise en retrait de la souveraineté nationale, adoption enthousiaste des codes culturels de la bourgeoisie urbaine et in fine dépassement de la conflictualité sociale par la reconnaissance identitaire.

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