L’illusion

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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Elle n’est pas dans la perception, mais se trouve dans le jugement, vrai ou faux, qu’elle inspire.

Le soleil se lève, les étoiles se sont éteintes, le ciel rosit… Est-ce que je me trompe en disant cela ? Ai-je tort de décrire le monde comme s’il s’adressait à moi ? L’horizon est-il moins rectiligne si je rappelle à mes yeux que la Terre est ronde ? Le Soleil cessera-t-il de se lever si j’explique à mon corps que c’est la Terre qui tourne ?

La vérité ne dissipe les faux-semblants qu’en théorie : s’il suffisait de voir à travers pour ne plus voir de travers, ça se saurait. Avant d’être connu, disséqué, recuit, le monde est devant nous, tout cru, comme un spectacle mis en scène par l’œil, un festival d’illusions viscérales et irréfutables. « Tout en sachant que le soleil est distant de plus de six cents fois le diamètre terrestre, dit Spinoza, nous ne laisserons pas néanmoins d’imaginer qu’il est près de nous. » Ce que je sais ne sert à rien ; si hasardeux soit-il, quand il se connaît lui-même, le premier genre de connaissance – l’illogique de la sensation – est un commencement de savoir.

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