Un appel à se jouer de sa condition
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Pourquoi ne pas s’adonner au jeu quand rien ne va plus ? Qui s’y livre sans illusion ni espoir de récompense parvient à supporter la misère de l’existence. Le philosophe Thibaut de Saint Maurice propose un bon usage des passe-temps chez Pascal.
Dans les Pensées 126 à 129, Pascal fait emprunter un virage métaphysique à l’idée de divertissement. La diversion stoïcienne dont on pouvait user pour se détourner d’une passion trop puissante devient le signe d’une incapacité à « demeurer en repos dans une chambre » et à n’avoir plus rien d’autre à faire que penser, penser à soi et au seul salut possible de notre existence misérable. Ainsi naît le fameux « divertissement pascalien » comme figure de notre existence, prisonnière de la contradiction de nos deux natures; la première nous « fait connaître que le bonheur n’est en effet que dans le repos », et la seconde nous pousse à nous agiter et tout faire pour éviter le repos. Nous voilà donc condamnés à nous divertir, détournés de la pensée de ce que nous sommes. Nos distractions sont alors autant de détours et d’évitements. Mais sont-elles pour autant à dénoncer ? Ne sont-elles pas tout ce qu’il nous reste pour tenter d’être heureux?