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“L’océan est-il notre avenir ?” La grande question d'Octave Larmagnac-Matheron

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“L’océan est-il notre avenir ?” La grande question d'Octave Larmagnac-Matheron

« Sur le Napoléon Bonaparte entre Marseille et Bastia, 2000 ». ©Dolores Marat

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Cet article est issu du numéro 200 de Philosophie magazine « On change d'ère ? “Philosophie magazine” a 20 ans ! », en kiosque le 04 juin 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les océans concentrent l’essentiel du commerce mondial, cristallisent les rivalités géopolitiques et sont le théâtre d’où émergent les projets les plus fous… au prix de catastrophes écologiques. Octave Larmagnac-Matheron imagine ici quelles seraient les conditions d’un véritable retour à la mer. 

 

Le souvenir d’un coucher de soleil, une dorade sur un étal, une salière sur la table : l’océan, pour un Francilien comme moi, est un compagnon discret. J’attends, impatient, nos retrouvailles estivales, mais n’y pense pas tous les jours. À bien y songer, pourtant, l’océan est partout, débordant sur le monde terrestre. Les photos de plage que je regarde sur mon smartphone transitent par des câbles sous-marins. Et ce même smartphone résulte d’innombrables voyages océaniques. 90 % du trafic de marchandises transite sur les routes maritimes reliant les îles-continents qui tissent la toile de la mondialisation. 

Si l’on imagine volontiers l’océan comme un espace lisse où circulent librement les flux du commerce, la crise d’Ormuz nous a rappelé que ces voies doivent, sauf longs détours, emprunter des points stratégiques où les rivalités entre États se manifestent lorsque la géopolitique se tend. La libre circulation en mer, principe du droit international, n’est pas toujours respectée. L’emprise sur les océans est un enjeu de puissance. « Celui qui contrôle la mer contrôle […] le monde », souligne l’explorateur anglais Walter Raleigh dès 1650. La domination d’un espace maritime immense n’est pas aisée – impossible d’y matérialiser des frontières. Si les eaux résistent au contrôle, Gilles Deleuze et Félix Guattari notent dans Mille Plateaux (1980) que « la mer est aussi, de tous les espaces lisses, celui qu’on chercha le plus tôt à strier, à transformer en dépendance de la terre ». La maîtrise de cet espace où l’homme ne peut survivre naturellement, sa soumission aux territorialités ancrées au sol, repose sur une armada de médiations techniques coûteuses : navires, drones et autres armes volantes, mines submersibles et sous-marins patrouillant sans fin.

Le contrôle est plus efficace là où l’étendue océanique se resserre, là où le joug terrestre s’affirme. De ces goulets d’étranglement – leviers diplomatiques majeurs –, certaines puissances entendent s’affranchir, la Chine en tête, enfermée par de nombreux détroits, alors que son rival, les États-Unis, bénéficie d’une ouverture maritime sans obstacle. C’est depuis l’océan que se lisent les projets stratégiques de Pékin : construction d’îles artificielles dans les archipels des Spratleys et des Paracels, nouvelles routes de la soie, exploitation de la route arctique « du Nord », rendue plus accessible par le réchauffement climatique, qui intéresse également la Russie. C’est aussi depuis l’océan que s’éclairent les velléités expansionnistes de Trump, qu’il s’agisse du canal de Panama ou, en première ligne face au dégel, du Canada et du Groenland.

Dérèglements en cascade 

La fonte des glaces, que ces grandes puissances voient comme une aubaine, est aussi source de risques inédits : l’élévation du niveau des mers menace les littoraux où se concentrent les installations humaines. Elle menace jusqu’à la subsistance de nations qui, comme les Tuvalu en Polynésie, tentent d’imaginer leur futur d’État sans territoire. Autre effet de la fonte des glaces, l’afflux d’eau douce participe au dérèglement des courants océaniques. Plusieurs études indiquent un affaiblissement de la circulation dans l’Atlantique, et notamment du Gulf Stream, qui réchauffe l’Europe. La perturbation des courants pourrait avoir des effets majeurs et imprévisibles sur les équilibres climatiques. En 1861, dans son livre La Mer, l’historien Jules Michelet soulignait déjà le rôle essentiel de cette « pulsation alternative » des courants, comparés au système circulatoire de la planète, dans « l’harmonie de l’air et de l’eau ». « La mer, qui commença la vie sur ce globe, en serait encore la nourrice bienfaisante, si l’homme savait respecter l’ordre qui y règne. »

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