Législatives 2022
Mais pourquoi aller voter, au juste ?
© Idriss Bigou-Gilles/Hans Lucas
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Plus de 52% des électeurs français ont choisi de s’abstenir au premier tour des élections législatives, dimanche 12 juin. Si voter a longtemps pu paraître un acte citoyen que l’on effectuait sans trop réfléchir sur ce processus en lui-même, sa remise en cause récente par un nombre croissant d’électeurs pose une question : pourquoi va-t-on voter ? À quoi sert cette démarche ? La réponse, parfois critique, avec notamment Octave Mirbeau, Jean-Pierre Dupuy et Kant.
Si les causes sociologiques de l’abstention sont désormais bien étudiées, si ses motivations philosophiques sont connues, cela ne fait que rendre l’acte de vote plus mystérieux. Comme l’écrivait en 1888 l’un de ses plus cinglants contempteurs, Octave Mirbeau (1848-1917), comment donc expliquer qu’il puisse encore exister, « dans notre chère France », un électeur, « un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose » ? « Quand on réfléchit un seul instant, ajoutait le futur auteur de La Grève des électeurs, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison ? »
Le paradoxe du vote : plus on vote, moins le vote pèse
L’argument le plus basique avancé en faveur du vote est utilitariste. Il s’inscrit dans une perspective dite conséquentialiste où la fin de l’acte (le résultat) compte plus que l’acte en lui-même. Au niveau individuel, un électeur vote car il estime que le coût de cet acte (relativement modique pour la majorité des Français en termes de déplacement comme de temps) sera plus que compensé par les bénéfices d’une victoire électorale de son candidat ou de ses convictions.