Entretien
Céline Braconnier : “Nous n’observons pas l’habituel effet d’entraînement de la campagne”
Lyon, le 7 mai 2017. Bureau de vote de la salle de la corbeille au palais de la bourse pour le second tour de l'élection présidentielle de 2017. © Bruno Amsellem/Divergence
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Pour Céline Braconnier, politologue et coautrice de La Démocratie de l’abstention (avec J.-Y. Dormagen, Folio Actuel, Gallimard, 2007), plus d’abstention à la présidentielle signifie encore plus d’inégalités de participation. Mais aussi qu’une part croissante de la population rompt définitivement avec le vote. Entretien.
Près de trois Français sur dix pourraient ne pas voter le 10 avril prochain. Faut-il s’en inquiéter ?
Céline Braconnier : On pourrait se dire que 70 % de participation, c’est un score honorable ! Jusque-là, on pensait que l’élection présidentielle était préservée des records successifs d'abstention qui touchent tous les scrutins intermédiaires. Mais depuis 2007, ce n’est plus le cas. Or, pour beaucoup de citoyens – pensons aux plus de 65 % d’abstentionnistes des élections régionales de 2021 –, la présidentielle reste le dernier rempart contre une rupture totale avec le vote. C’est cet éloignement définitif qui inquiète.
Comment l’interpréter ?
Les personnes âgées, même si certaines sont désabusées ou ne comprennent pas bien l’offre politique, iront massivement voter. Les citoyens qui s’intéressent à la politique aussi. Le problème touche ceux qui sont le plus éloignés de la vie publique, comme les plus précaires ou les plus jeunes. Or, une des caractéristiques de la campagne présidentielle, c’est justement d'activer les processus informels de mobilisation dans les groupes de pairs moins politisés, que ce soit au travail, en famille ou avec les amis. Cela passe par des discussions, des commentaires sur l’actualité ou même des débats à la machine à café, à la cantine. C’est la conséquence d’un traitement médiatique intense de la campagne. Les citoyens réagissent par rapport à ce qu’ils entendent à la radio, à ce qu’ils voient à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Or cet effet d’entraînement, d’ordinaire inexistant pour les autres élections comme les régionales ou les européennes, est aussi plus faible que d’habitude à quelques semaines du scrutin présidentiel.
“Plus d’abstention, c’est moins de jeunes et de pauvres qui votent. Si des catégories entières restent durablement à l’écart des urnes, les candidats finiront par ne plus du tout les prendre en considération…”