France / Présidentielle
Abstention, piège à cons ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 109 de Philosophie magazine « Travail, je t'aime (moi non plus) », en kiosque le 27 avril 2017. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Au second tour de l’élection présidentielle, les sondeurs prévoient un niveau record d’abstention. Quels sont les arguments moraux de ceux qui n’iront pas voter et de ceux qui s’en font un devoir ? Petit exercice de philo-politique fiction.
Samedi 6 mai 2017, 21 heures. Un repas entre quatre amis s’anime. À la veille du jour crucial, un pavé est lancé dans la mare : faut-il aller voter à tout prix pour faire barrage au Front national (nous écrivons ces lignes avant le premier tour de la présidentielle), quitte à donner sa voix à un candidat dont on rejette par ailleurs les idées en bloc ?
Pour le premier à intervenir, la question ne se pose même pas. Voter, selon lui, est un devoir moral. Il estime d’abord que des personnes ont sacrifié leur vie pour que le suffrage universel soit accordé et que s’abstenir serait un reniement des luttes historiques contre la monarchie et l’empire. S’il fallait faire assaut de philosophie, son point de vue est kantien. « Agis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle », enseigne la morale de Kant. L’argument se laisse aisément transposer : que se passerait-il si tout le monde s’abstenait ? Ne serait-ce pas la mort assurée de la démocratie, le retour de la tyrannie ? Les institutions ne peuvent pas vivre sans le concours actif des citoyens.