Opinion
“Pour moi, fumer est devenu une manière de rester auprès de moi-même sans y être totalement”
© Itay Kabalo / Unsplash
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Face à l’ambition affichée par la Nouvelle-Zélande de devenir le « premier pays sans tabac » à l’horizon 2025, notre journaliste – et fumeur compulsif – Octave Larmagnac-Matheron explique pourquoi, tout en étant lucide sur les dangers du tabagisme, il ne peut s'empêcher de fumer… pour des raisons existentielles.
Commençons sur de bonnes bases : je ne suis pas un défenseur de la cigarette, dont je suis parfaitement conscient des dangers. Je n’encouragerais jamais personne à fumer. Reste que moi, je fume. Un bon paquet par jour. Je suis accro, nicotino-dépendant. Sans doute, mais on ne dit pas grand-chose en balayant ainsi la question – pas plus qu’en affirmant que je me trompe dans le calcul de mon propre intérêt, que je pondère de manière exagérée mon plaisir par rapport à mon bonheur futur. Fumer n’est pas, ou pas seulement, une question de plaisir. Et l’addiction n’est pas une réalité purement biologique, une pulsion aveugle et irrépressible à allumer une nouvelle cigarette. C’est bien moi qui décide, au bout du compte, d’allumer cette cigarette. L’addiction prend racine dans la conscience, dans ses zones d’ombres. Prendre en charge le problème du tabagisme ne peut se faire à coups de simplification, comme si la solution était évidente. Il faut s’aventurer dans les profondeurs de l’esprit, et essayer de comprendre le sens existentiel (osons le mot) de la cigarette.