Alain Corbin et les sens du vent

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Alain Corbin et les sens du vent

Hand Holding Cloth (“main tenant un vêtement”), de Léopold Survage (1929), huile sur toile. Chicago, Art Institute © AKG images

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Dans son nouvel ouvrage La Rafale et le Zéphyr. Histoire des manières d’éprouver et de rêver le vent (Fayard), l’historien des sensibilités Alain Corbin explore l’imaginaire du vent de l’Antiquité à nos jours. Le plus « énigmatique » mais aussi le plus sensuel des éléments nous emporte dans la colère des dieux, le souffle créateur, l’infini du temps et la respiration du monde.

 

Si le vent est un phénomène permanent, les représentations que nous en avons sont, elles, historiquement situées. Pour Alain Corbin, la sensibilité a une histoire, tissée à la fois par la connaissance ou l’ignorance scientifique, les expériences et curiosités concrètes et locales, et les imaginaires, souvent révélés autant que construits par les mythes et la littérature. Suivre le sens du vent est donc un voyage dans plusieurs directions. 

 

Que savait-on du vent ?

Scientifiquement, pas grand-chose jusqu’au XIXe siècle. L’air « est à la mode » au siècle des Lumières, il lui faut du mouvement, rien n’est pire pour la santé du corps et de l’âme que les ambiances confinées ou les temps calmes. D’où une « exaltation de la ventilation », par l’usage de l’éventail autant que par une architecture et un urbanisme qui ménagent la circulation aérienne. La découverte par Lavoisier en 1776 de la composition chimique de l’air laissera perdurer cette « pensée aériste ». Les vents locaux, comme le mistral, la tramontane ou le norois, étaient dûment observés, les alizés des régions intertropicales avaient été consignés sur de nombreuses cartes marines depuis la Renaissance, mais les expériences fortes, et souvent terribles, des tempêtes en mer et des coups de vent en montagne demeuraient des phénomènes sans cause explicable.En 1845, l’explorateur naturaliste  Alexander von Humboldt est l’un des premiers à décrire l’existence d’un « océan aérien » autour de la planète et à comprendre que l’origine des vents est à chercher dans les mouvements lointains de l’atmosphère. Les découvertes scientifiques météorologiques décisives, sur les cyclones et les anticyclones, le lien entre les vents et les courants marins, et leur cartographie, ont lieu entre 1854 et 1880. 

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