L’opinion
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Cet article est issu du numéro 33 de Philosophie magazine « 33 - octobre 2009 », en kiosque le 24 septembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Reflet d’un esprit grégaire alors qu’elle est censée exprimer un point de vue singulier, elle transforme les débats en pugilats… et gouverne le monde.
Comment se fait-il qu’à l’instant où quelqu’un prétend – au motif que, n’y connaissant rien, il n’a pas la tête farcie par ce que les autres en disent – porter sur un sujet, quel qu’il soit, un jugement sans préjugés, une parole (enfin) libre, il s’apprête immanquablement à enfoncer une porte ouverte ? Par quel mystère suffit-il qu’un être estime penser par lui-même quand il pense tout seul pour que ses propos réintègrent aussitôt, paradoxalement, la grande famille des lieux communs ? À défaut de se valoir, toutes les opinions se ressemblent. Quoiqu’elle se présente comme la propriété d’un individu, la signature de sa singularité, chaque opinion exprime, sous le masque, la dimension grégaire d’une personne. « C’est mon avis », dit-il, ravi, « c’est mon opinion et je la partage »… autant dire que « je » ne partage rien, sinon le goût de fréquenter ceux qui sont du même avis que lui.