Philo en série(s)
“Los años nuevos” : fragments d’une histoire d’amour
Iria del Río et Francesco Carril dans “Los años nuevos”. © Arte
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La série Los años nuevos de Rodrigo Sorogoyen suit un couple qui s’aime, se déchire et se retrouve, en filmant ses personnages chaque 31 décembre pendant dix ans. Quand le nouvel an renouvelle l’amour… et l’amour notre vie.
31 décembre 2015. Dans un bar madrilène, Óscar rompt avec sa copine dans les toilettes. Plus loin, Ana, barmaid bientôt trentenaire, se demande ce qu’elle va faire de sa vie. Elle surprend son regard triste, lui offre un verre, ils discutent et réalisent qu’ils sont nés à un jour d’écart : Ana le 1er janvier, Óscar le 31 décembre. Drague, sexe, sommeil, ellipse. À l’épisode 2, on les retrouve 365 jours plus tard, à un autre dîner de réveillon.
La série réalisée par Rodrigo Sorogoyen balaye ainsi dix années dans la vie d’Ana et d’Óscar à mesure qu’ils se rencontrent, s’aiment, se déchirent, s’aiment encore, s’éloignent. Le récit progresse au rythme d’un seul jour par an, de réveillon en réveillon. On est plongés, parfois en temps réel, dans une capsule temporelle qui condense, déforme et rompt le reste d’une vie amoureuse qui se déroule hors-champ. Tout ce qui n’est pas montré a été pensé, écrit, construit, donnant à la série une profondeur invisible, mais palpable. Une référence assumée à la trilogie Before de Richard Linklater, où l’on suivait la relation entre Céline et Jesse étalée sur trois films espacés de 9 ans chacun, entre 1995 et 2013 (Before Sunrise, Before Sunset, Before Midnight).
Mûrir d’amour
L’amour, au cinéma, est souvent réduit à ses extrémités. Les commencements, avec les émois des premiers jours, les malentendus rocambolesques, les dilemmes et les grands sauts en avant vers le happy end. Les fins, avec leurs drames spectaculaires ou leur désamour progressif. La routine, la conjugaison, la répétition. Los años nuevos prend au contraire le parti de suivre l’amour dans son déploiement : jamais totalement nouveau, mais jamais exactement le même.