Air du temps
“Loups-garous” : pourquoi ce jeu nous rend fous
Adaptation télévisée des “Loups-garous de Thiercelieux” sur Canal+. © Canal+
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Le succès des Loups-garous de Thiercelieux – qui s’est écoulé à 7 millions d’exemplaires depuis sa sortie en 2001 – ne se dément pas. Les bonnes audiences de la saison 2 de l’adaptation télévisuelle du jeu de société (diffusée sur Canal+, et présentée par Fary et Panayotis Pascot) le confirment. Comment expliquer cette popularité ?
Une base stratégique remarquable
Incertitude, confiance, mensonge, etc. : ce jeu de société confronte le joueur à des grands enjeux sociaux, moraux et relationnels qui résonnent tout particulièrement avec notre époque. La version française est d’ailleurs directement inspirée d’un autre jeu, Mafia, créé en 1986 par Dimitry Davidoff à l’université de Moscou comme un outil d’exploration des interactions sociales :
“J’étudiais au département de psychologie […] et j’enseignais la psychologie avancée à des lycéens […] Mon mémoire portait sur le temps en tant que concept psychologique (humain) fondamental. Dans mon cours, je jouais donc avec différentes notions du temps […] Je cherchais quelque chose qui structurerait le temps sans passer par une organisation extérieure (être en classe) ou une préparation (par exemple, des connaissances communes préalables sur un sujet). J’ai d’abord demandé à quelques élèves de conclure un accord secret dans le hall (sur le sujet qu’ils voulaient discuter), puis de retourner en classe pour que les autres devinent ce sujet. Et en observant cette discussion, j’ai soudainement réalisé (une sorte de ‘moment eurêka’) que le plus grand secret était de savoir qui était d’accord [plutôt que sur quoi ils étaient d’accord]”
Dimitry Davidoff, créateur du jeu Mafia
C’est ainsi que Mafia est né. Il n’est alors pas question de loups-garous et de villageois mais de gangsters et d’innocents. Le principe est néanmoins fort similaire.
“Mes étudiants ont été les premiers joueurs. […] Le jeu s’est rapidement propagé à d’autres départements et résidences universitaires, probablement au cours de l’été suivant, grâce aux camps d’été étudiants. […] Je suppose qu’en raison de sa nature (il n’y a pas vraiment de prérequis pour jouer, à part être humain – c’était bien sûr l’idée), le jeu s’est répandu assez rapidement en Russie”
Dimitry Davidoff, ibid.
“Je n’avais jamais vu un jeu avec une base stratégique aussi pure”
Avec la chute du communisme, le jeu gagne en popularité hors d’Union soviétique, dans d’autres pays d’Europe, comme en Italie. Une adaptation télévisuelle (« Le Parlement contre la mafia ») est même produite au milieu des années 1990 en Lettonie – les personnages sont joués par des célébrités locales. Davidoff parle d’une « expérience naturelle de propagation d’un mème », dont il dit avoir essayé de suivre les évolutions. « Je découvre encore sans cesse de nouvelles choses sur la mafia, c’est étonnamment heuristique » : chaque partie est source de découvertes potentielles sur les dynamiques internes aux groupes humains.